Le coup résonne à l’intérieur dans le vide du corridor. Livette est émue. Que va-t-elle dire? Par où commencera-t-elle? C’est le commencement qui est toujours le plus difficile. Elle voudrait, maintenant, se sauver, mais il est trop tard. Elle entend, derrière la porte, des pas. La vieille servante, Marion, lui ouvre.

Marion a l’œil exercé. Elle sait, quand on frappe chez M. le curé, rien qu’à examiner les figures, ce qu’on demande, et, de son chef, répond en conséquence; car M. le curé a des rhumatismes; il est sujet aux fièvres, et Marion soigne M. le curé! S’il écoutait Marion, il se soignerait si bien que les malades mourraient toujours tout seuls, sans extrême-onction, car Marion aurait toujours une bonne raison à lui donner pour l’empêcher de sortir, de jour ou de nuit, par le mistral ou le vent d’est, été ou hiver, pluie ou soleil.

Mais M. le curé sourit et n’en fait qu’à sa tête. C’est un bon prêtre. Il est toujours à son devoir. Il aime ses paroissiens. Il les aide, en toute occasion, de sa bourse et de ses conseils. Il est aimé de tous.

Il aime ses paroissiens, sa commune, sa curieuse église, qui fut une forteresse, et dont il connaît tous les moindres détails de pierre. Il l’aime comme prêtre et comme archéologue, car M. le curé est un savant, et son église est, en effet, un des plus curieux monuments de France, avec ses murailles étrangement épaisses, hautes et menaçantes, couronnées de mâchicoulis et surmontées de créneaux bien ouverts, qui surveillent de tous les côtés l’horizon de mer et de terre, et que dominent les quatre tourelles, dépassées par la tour du milieu, du haut de laquelle la cloche, autrefois, bien souvent, a sonné l’alarme—en répétant à toute volée: «Voici les païens, gens des Saintes! Attention! Qu’on s’enferme ici! Préparez les flèches! l’huile et la poix bouillantes!» Ou bien: «Courez au rivage, gens des Saintes! Un navire de France est en perdition!»

Et aujourd’hui elle semble dire encore, à tous, de plus loin: «Je vous vois! Je vous vois!»

Sur l’église des Saintes, on n’en finirait pas de donner des explications et de conter des histoires.

Derrière les créneaux, tout là -haut, en bordure au toit de pierres plates qu’il encadre exactement, court un étroit chemin de ronde, où jadis, entourés du vol éternel des hirondelles de mer, circulaient les archers et les vigies. Le toit, aux larges pierres plates imbriquées, entre lesquelles verdoient quelques grosses touffes de nasques, érige, tout le long de son arête, une haute crête sculptée, faite de courbes ogivales que surmontent des fleurs de lis.

Cela est beau et grand, mais une petite chose dont les Saintins sont fiers autant que du clocher et des tourelles, c’est une plaque de marbre, de cinq pans environ de longueur sur trois de hauteur, où sont représentés deux lions. L’un protège son lionceau; l’autre semble protéger, comme si c’était son petit, un jeune enfant. Il paraît que cette image a été taillée par un ouvrier grec, dans les temps.

Ce marbre-là est incrusté dans le mur de l’église, au midi, à côté de la petite porte.

Vous entrez. La voûte de la nef, en ogive, vous oblige à lever les yeux très haut. Et en entrant, par la grande porte, vous êtes frappé de voir, en face de vous, au fond de l’église, une voûte romane dont l’arc, en son milieu, à cinq mètres au moins au-dessous de la nef ogivale, supporte les saintes châsses, qui reposent sur l’appui d’une ouverture en forme de fenêtre et flanquée de deux colonnettes. De là descendent, au bout de deux cordes, tous les ans une fois, les châsses miraculeuses.