Et dans tous les coins laissés libres par les curiosités naturelles, on aperçoit quelque image pieuse. Ici, les deux saintes Maries dans le bateau, Là , les saintes Femmes ensevelissant le Christ. Ailleurs, Magdeleine à la Sainte-Baume, à genoux devant la tête de mort.... Mais Livette ne voit jamais de sainte Sara!
Livette s’est assise; elle attend. M. le curé ne vient pas. C’est que M. le curé, qui est déjà l’auteur de deux notices, l’une intitulée la Cure de Boismaux, l’autre la Villa de la Mar, travaille en ce moment à une troisième: Concordance des légendes des saintes Maries, avec ce sous-titre: De la confusion bizarre et regrettable qui tend à s’établir entre sainte Sare et Marie la Gipecienne.
La Cure de Boismaux a aussi un sous-titre: Monographie du domaine du Château d’Avignon en Camargue. M. le curé y rappelle que le domaine du Château d’Avignon constituait naguère une commune à part. Cette commune naturellement avait un curé, et, en ce temps-là , le propriétaire du Château d’Avignon était le général Miollis, frère de cet évêque de Digne dont parle M. Victor Hugo dans les Misérables, en le désignant sous le nom de Myriel.
M. le curé recherche, inutilement d’ailleurs, dans un chapitre spécial, pour quelles causes, telluriques ou autres, le domaine du Château d’Avignon est le plus particulièrement sujet aux invasions de sauterelles, qu’il faut faire combattre parfois en Camargue, comme en Afrique, par des régiments.
Quant à la Concordance, c’est un ouvrage très important et bien nécessaire. Il s’appuie notamment sur l’autorité du Livre Noir. Ce livre latin, conservé aux archives des Saintes, a été écrit en 1521 par Vincent Philippon, qui signe: 2,000 Philippon! (Jésus lui-même n’a pas dédaigné le calembour.) Il existe une traduction française du Livre Noir. Elle est de 1682 et commence ainsi:
Au nom de Dieu mon œuvre comancée
Par Jésus-Christ soit toujours advancée.
Le Saint-Esprit conduise sagement
Ma main, ma plume et mon entendement.
Voici donc la vérité sur les saintes patronnes de Notre-Dame-de-la-Mer.
Marie Jacobé, mère de saint Jacques le Mineur, Marie Salomé, mère de saint Jacques le Majeur et de saint Jean l’Évangéliste, n’arrivèrent pas seules en Camargue. Le bateau sans mât ni rames portait encore leurs servantes Marcelle et Sara, Lazare et toute sa famille, et plusieurs disciples du Christ.
M. le curé prouve, avec pièces à l’appui, que Marie-Magdeleine n’était pas dans la barque. Elle arriva en Provence d’autre façon, on ne sait pas par quel autre miracle.
A l’exception des deux Maries et de Sara, tous les passagers du bateau miraculeux se dispersèrent, prêchant et convertissant.