Les saintes ne quittèrent pas la Camargue, l’île du Rhône, divisée alors par les étangs en un grand nombre de petites îles, véritable archipel, nommé Sticados, et habité par des infidèles. En ces temps, toutes ces petites îles, formées par les marais, étaient couvertes de forêts et pleines de bêtes fauves. Et ce delta du Rhône était infesté de crocodiles.
Or, bien longtemps après la mort des saintes, un chasseur, suivi de sa meute, passant sur le lieu de leur sépulture ignorée, y rencontra un ermite, près d’une source.
—Seigneur, lui dit l’ermite, j’ai eu cette nuit, en rêve, une révélation. Près de cette source, dans le sable, reposent les corps de trois saintes!
Le seigneur était un comte de Provence. Son palais était à Arles, et M. le curé a tout lieu de croire qu’il s’appelait Guillaume Ier, fils de Boson Ier, célèbre par ses libéralités envers les églises.
On était en 981. Ce Guillaume avait vaincu les Sarrasins, et Conrad Ier, roi de Bourgogne, son suzerain, l’aimait et le respectait.
Le prince, ayant écouté l’ermite, s’en alla, l’esprit très occupé; et, peu de temps après, il revint, et fit bâtir, par-dessus la source même, une église en forme de citadelle, au beau milieu d’une très spacieuse enceinte de fossés.
Il fit ensuite publier dans toute la Provence que des privilèges seraient accordés à tous ceux qui viendraient bâtir des maisons entre le fossé et l’église.
Ainsi naquit la Villa-de-la-Mar,—qui est une ville, bien qu’on la traite trop souvent de village sous son nom de Saintes-Maries.
De tous temps, les comtes de Provence accordèrent à cette ville des privilèges.
Sous la reine Jeanne, une vigie devait sans cesse, du haut des tours de l’église, observer les navires et faire des signaux. Des sentinelles devaient, toutes les nuits, d’heure en heure, s’appeler et se répondre. Aussi les Saintins furent-ils, par la reine, dispensés de payer le péage et la gabelle.