M. le curé explique toutes ces choses dans son livre qui est bon. Il y raconte aussi, «comme de juste», la découverte des ossements sacrés.
En 1448, le roi René, étant à Aix, sa capitale, entendit un prédicateur affirmer que les saintes Maries Jacobé et Salomé devaient être enterrées sous l’église de la Villa-de-la-Mar.
René aussitôt consulta son confesseur, le père Adhémar, et envoya un messager au pape, lui demandant l’autorisation de faire des fouilles sous le sol, dans l’église. Cette autorisation lui fut accordée au mois de juin de la même année. L’archevêque d’Aix, Robert Damiani, présida aux fouilles.
On retrouva la source; près de la source, un autel de terre; au pied de l’autel, une plaque de marbre avec cette inscription que M. le curé commente longuement:
D. M.
IOV. M. L. CORN. BALBUS
P. ANATILIORUM
AD RHODANI
OSTIA SACR. ARAM
V. S. L. M.
On trouva enfin, parfaitement reconnaissables, les ossements des saintes et, en outre, une tête enfermée dans une caisse de plomb qui, selon M. le curé, est la tête de saint Jacques le Mineur, apportée de Jérusalem par Marie Jacobé, sa mère.
Les ossements, ayant été recueillis pieusement, furent, en grande cérémonie, enfermés dans des châsses de bois de cyprès. Le roi était là avec sa cour. Il y avait le légat du pape, un archevêque, douze évêques, un grand nombre de dignitaires des chapitres, de professeurs et de docteurs. Le chancelier de l’Université d’Avignon était présent. Il y avait, comme en font foi les procès-verbaux, trois protonotaires du Saint-Siège et trois notaires publics.
Rien n’est donc plus sûr que l’authenticité des reliques des Saintes Maries.
Mais des légendes apocryphes viennent contredire la vraie, et voici la page qui retient à son bureau M. le curé, tandis que Livette, toujours plus troublée, l’attend au salon:
«Parmi les erreurs populaires, écrit M. le curé, qui détruisent la pure tradition, il faut relever comme une des plus fâcheuses, des plus pernicieuses même, celle qui tend à mettre au nombre des passagers de la barque miraculeuse, une sainte Marie surnommée l’Égyptiaque. C’est là une véritable hérésie! Comment a-t-elle pu prendre source et quelles sont ses racines?»