Sur mon tombeau ma fille devrait faire

Ce que je fais maintenant sur le sien.

Dix ans après, la fin de son fils aîné, dans des souffrances cruelles, d’un fils dont il espérait beaucoup, rouvrit son affliction. Sa femme était depuis longtemps alitée. C’est dans ces conditions, pour fuir aussi les lieux abhorrés, qu’il accepte de rejoindre François de Noailles. Après « un mois sur les chemins » avec la « maudite chère » des hôtelleries italiennes, il sera à Rome : tous les chemins mènent à Paris, et l’incorrigible courtisan ne songe qu’à entrer à la Cour, avec de puissants protecteurs, favoris de Richelieu. Car F. Mainard demeurera aussi imperméable aux splendeurs artistiques de Rome et à la grandeur de ses ruines qu’il fut insensible à la beauté farouche de la montagne cantalienne ! « Il vaut mieux être misérable à Paris que riche à Rome », écrit-il. Il s’y ennuie autant qu’à Aurillac. La chaleur l’accable : « J’ai un éventail qui lasse les mains de quatre valets et fait un vent en ma chambre qui ferait des naufrages en mer. » Toutefois, il a recruté des compagnons avec qui, buvant « le vin et l’eau investis de neige », il lutte contre la sécheresse. La table merveilleuse de l’Ambassade le remet de sa détestation de la cuisine des Princes de l’Église qui ont « force estaffiers » mais pas un cuisinier. De Rome, F. Mainard ne tire aucune exaltation intellectuelle. Seul, l’attire, le Saint-Père, dispensateur de faveurs et de largesses. Le courtisan se retrouve « à la Cour prélatesque ». D’autant mieux qu’Urbain VIII, lui-même, s’adonne à la poésie. F. Mainard fut adopté du monde ecclésiastique ; et, familier du Vatican, savoura la douceur des prévenances de Sa Sainteté à qui il prodiguait des odes saturées d’incroyables flatteries. Il lui en restait quand même pour les intimes du Pape, comme le Cardinal Guy Bentivoglio, l’historien de la Guerre des Flandres. Des livres, des tableaux, des statues, de charmantes libéralités prouvaient au poète la sympathie du « sujet papable ». Tout de même, la Cour d’Urbain VIII ne contentait pas l’ambition de F. Mainard. L’annonce du retour en France le combla d’aise. Hélas ! l’ambassadeur dut s’apercevoir bientôt qu’il était joué, et que son remplacement sentait la disgrâce. Le secrétaire fut accusé faussement, mais vilainement, d’avoir trahi son maître, qui n’était que trop disposé à écouter les envieux du poète et à faire tomber son humeur sur lui : devant la menace des coups, il dut fuir ! Au lieu d’une rentrée brillante à Paris, ce fut par le noir et glacial hiver, le plus lamentable échouage à Saint-Céré, où l’ambassadeur le poursuit d’une âpre rancune, le discrédite auprès de Richelieu — et le brouille avec l’évêque de Saint-Flour. Il est pauvre, avec d’énormes charges de famille.


Paris défendu, l’ancien président ne rencontre que du côté de Toulouse des amitiés qui se souviennent et se raniment. Il y est fêté à divers voyages et séjours. En 1638, comme au siècle précédent pour Ronsard ou de Baïf, les « Jeux Floraux », sans qu’il eût envoyé de vers, lui décernent un prix extraordinaire qui sera représenté par une Minerve d’argent. En 1639, nouveaux honneurs, F. Mainard est élu maître en la gaie science. Mais il attend et il attendra toujours, la « Minerve » promise, qu’il réclamait d’argile, à défaut d’autres :

Si le peuple est trop indigent

Par les dépenses de la guerre,

Gardez votre image d’argent,

Et m’en donnez une de terre !

L’académie de dame Clémence Isaure, non plus que celle de Richelieu, alors, ne nourrissaient leur homme !