Alcippe, reviens dans nos Bois.

Tu n’as que trop suivi les Rois

Et l’infidèle espoir dont tu fais ton idole.

Quelque bonheur qui seconde tes vœux,

Ils n’arrêteront pas le Temps qui toujours vole

Et qui, d’un triste blanc, va poudrer tes cheveux.

Après deux ans de cette vaste mélancolie, aussi païenne que chrétienne, où l’âme harmonieuse et rude du poète se manifeste avec un tel accent profond, c’est un dernier assaut, du Malin, sans doute… F. Mainard se redresse, comme devant. De nouveau, il veut secouer le joug de la province ; sa femme est morte ; il est harassé de solitude ; le duc de Noailles a reconnu l’inanité de ses griefs ; avec la santé recouvrée, des velléités combatives le ressaisissent, de parvenir… : « La démangeaison de la Cour m’a pris et, tout chenu que je suis, je songe à reprendre un métier que j’ai toujours assez mal fait et qui ne m’a pas réussi. » Incurablement, il souffre de n’être point en place, avec de l’argent et des honneurs.

Bien mieux, le cœur du vieux Président recommençait de battre. Il en fait la confidence à Balzac, l’ami fidèle dont il va égayer la solitude en Charente. Balzac s’enthousiasme pour ce renouveau de sentiment et de désir qui dicte au sexagénaire des vers impérissables. Cloris, que, dans la flamme de la jeunesse, il avait demandée en mariage et qui en avait épousé un autre, est veuve. Le poète n’a jamais oublié. Vainement, Balzac intervient, d’une plume chaleureuse. Cloris, orgueilleuse et riche, n’abaisse pas son regard vers le suppliant, de médiocre extraction et sans revenus, — mais qui, pour parler de « la belle vieille », modulait ainsi sa plainte contenue et passionnée :

Cloris, que dans mon temps j’ai si longtemps servie

Et que ma passion montre à tout l’univers,