Mais les étés peuvent se prolonger jusqu’à la Saint-Martin : ils ont une fin. Notre Lintilhac ne venait plus faire sa pleine eau dans la Cère, en suspendant « sa moumoute », — sa perruque — à quelque branche. Les camarades avaient repris le train pour la capitale. On s’installait pour les quartiers d’hiver — lorsqu’un soir, Vermenouze m’arriva tout défait : il quittait Aurillac — et moi, je m’embarquais pour l’Indochine.
Ce furent les années (1901-1904) où il composa Mon Auvergne. Il me montra le manuscrit avec gêne, j’y allais tout franc comme d’habitude. Son recueil manquait un peu de l’unité qui liait ses précédents ouvrages, patois ou français. Je remarquais surtout les professions de foi trop fréquentes, et banales, qui intervenaient à tout propos. Je trouvais Vermenouze irréductible. Des influences confessionnelles l’avaient encerclé. Cependant Mon Auvergne, sous la réserve des critiques précédentes, montre un Vermenouze d’inspiration élargie et d’envolée plus haute. L’homme vieilli s’est attendri. Dans sa maison natale, entre les siens, — sa mère vivait encore, — il est touché d’une grâce exquise. Il sort moins, craignant de laisser trop seule et inquiète la vieille femme chérie. Il ne chasse et ne pêche plus guère qu’autour de chez lui. Il tisonne, sous la vaste cheminée familiale ; sa foi devient plus exigeante. Il m’écrit, au sujet d’un roman projeté en collaboration sur les émigrants cantaliens en Espagne :
Je me mets à votre disposition pour vous fournir tous les renseignements et documents qu’il sera en mon pouvoir de me procurer. Il est même possible que j’écrive quelque chapitre du livre, pourvu que la morale et la religion chrétienne y soient partout respectées !
Ainsi, pour lui, un livre n’est plus un livre, mais une manifestation religieuse et politique. Il mêle la poésie et « les inventaires » ; je n’insiste pas. Jouissons seulement des beautés du livre en soi, — sous la typographie fâcheuse et le puéril ex libris de la Revue des Poètes :
Il n’est pas de poète régionaliste qui ait chanté d’une voix plus douce les horizons intimes ; sa langue s’est assouplie, comme sa rudesse s’est apaisée :
Ma Mère
Notre logis, sous sa glycine et son tilleul,
Égayait les prés verts de sa blancheur riante,
Mais la mort vint, qui prit l’aïeule, puis l’aïeul,