— Eh ! quoi ? ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau ?
D’ailleurs, ce n’est pas qu’une circonstance de lieux, arbitraire, qui rapproche ici les noms de Pascal et de Napoléon. C’est Sainte-Beuve qui trouve de la ressemblance aux deux, en leurs écrits :
J’ai nommé Pascal : c’est peut-être l’écrivain moderne duquel se rapproche le plus, pour la trempe, la parole de Napoléon, quand celui-ci est tout entier lui-même… Pascal, dans les immortelles Pensées qu’on a trouvées chez lui à l’état de notes, et qu’il écrivait sous cette forme pour lui seul, rappelle souvent, par la brusquerie même, par cet accent despotique que Voltaire lui a reproché, le caractère des dictées et des lettres de Napoléon. Il y avait de la géométrie chez l’un comme chez l’autre. Leur parole à tous deux se grave à la pointe du compas, et, certes, l’imagination non plus n’y fait pas défaut. Ai-je besoin d’ajouter que ma comparaison ne va pas au-delà ? Si simple que soit le style de Pascal et quoique on ait eu raison de dire que « rapide comme la pensée, il nous la montre si naturelle et si vivante, qu’il semble former avec elle un tout indestructible et nécessaire », ce style, dès qu’il se déploie, a des développements, des formes, du nombre, tout un art dont le secret n’est pas celui du héros qui court à la conquête.
Ainsi, Blaise Pascal et Jacqueline ont vécu là les minutes tremblantes où leur père attendait de son Éminence le rétablissement de sa fortune… Par cette halte de Rueil, il m’est plus facile de les suivre de Clermont-Ferrand à Port-Royal ; j’ai sous les yeux tout leur trajet éperdu, à la suite d’un père admirable, réduit à se cacher et à implorer, — et, tout à l’heure, lorsqu’ils entreprendront l’âpre et déchirante montée vers les sommets de la certitude infinie…
Pascal Blaise…
L’Auvergnat.
Comme il faut savoir gré à M. Lintilhac, dans son Portrait de Pascal, d’avoir d’abord marqué cette origine… Né en 1623, il arrive à Paris, en 1631… Il n’a séjourné que huit ans en Auvergne, mais de souche auvergnate.
Pascal : le Puy-de-Dôme ?
Non, ce n’est pas que le souvenir de l’expérience du vide, qu’il fit exécuter sur la montagne natale, qui incline à cette confrontation de la nature du sol et du caractère de l’individu, c’est toute la vie, c’est toute l’œuvre, qui portent la marque de la filiation volcanique. Chaque paysage est un état d’âme ? Chaque paysage, aussi, offre un aspect d’âme. Comment ? où mieux, qu’ici, se révélerait celle de Pascal, cratère sublime où se penchent notre admiration et notre angoisse, comme nos regards plongent aux gouffres qui s’évident sur cette chaîne de cendres et de scories… A des milliers de siècles d’intervalle, matière ou pensée, il semble que ce soit la même lave ardente qui ait fourni les assises et les paliers successifs des monts ou de la foi en éruption : dans leur chaos frénétique, les cheyres des environs de Clermont sont des champs d’inconnu et d’épouvante pareils aux espaces de doute, de détresse et d’emportement où, « seul des Jansénistes, Pascal a éclaté ». Par de mêmes gradins violents et puissants, la contrée et l’homme escaladant vers le ciel, vers les cimes, des rochers au front impénétrable sont émouvants d’orgueil et de mystère, comme des phrases abruptes des Pensées ont la beauté des arbres foudroyés et des blocs erratiques…