Le patois, notre cabrette, nos bourrées, — quel piètre divertissement pour un Pascal qui condamnait tous les divertissements…
L’immortalité de l’âme, voilà qui seul importe :
« Je ne sais qui m’a mis au monde, ni ce que c’est que le monde ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c’est que mon corps, que mes sens, que mon âme, et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle-même et ne se connaît non plus que le reste. Je vois ces effroyables espaces de l’univers qui m’enferment, et je me trouve à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’à un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m’enferment comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir ; mais ce que j’ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter… »
Oui, que ce bas monde est petit, quand on le contemple du haut des crêtes escaladées… On a gravi, par les ténèbres, pour arriver au lever du soleil… Voici l’aube et le matin…
On aspire l’air cru, que n’a pas chauffé le jour encore… Mais le sang bat plus vite aux tempes. La vue se lasse de fouiller l’horizon… Il faut se replier, le vertige menace. On n’en peut plus, de solitude et de silence.
On n’habite pas les sommets : il faut descendre de la montagne et de Pascal…
CHAPITRE XVII
De Malmaison à la Limagne. — Jacques Delille, d’Aigueperse. — Pierre de Nolhac. — Les voyages du citoyen Legrand. — L’individu expliqué par le pays.
Pascal, Napoléon, le Puy-de-Dôme, le Mont Valérien, Clermont-Ferrand et Rueil, ce n’est point de ma faute si les distances s’abolissent et si de tels rapprochements s’opèrent… Détournés des âpres sommets, nos regards vont errer sur la riche et fruiteuse Limagne… Quel sera notre guide ? Jacques Delille, d’Aigueperse, qui avait déjà vu naître le chancelier de l’Hôpital ; Jacques Delille dont la mère eut parmi ses aïeules une l’Hôpital et une Pascal ; Jacques Delille, l’un des hôtes les plus brillants de la Malmaison, et qui en versifiait le Ruisseau avant la Révolution :