Le tasse de lait ? Le contre-poison ? R. Michalias, — un poète, qui fut pharmacien — nous les offrira non loin de la Limagne, au cœur du Livradois. C’est un autre pays, un autre patois d’Auvergne. Aussi s’expliquent dans Ers de lous Suts et Ers d’uen Païsan, quelque afféterie et quelque douceur, si loin de notre Vermenouze, avec qui, pourtant, s’apparentent si curieusement la vie et la carrière poétique du félibre ambertois ! Même où leur formation littéraire paraît différer du tout au tout, elle est, au fond, toute pareille.

Sans doute, Vermenouze, émigrant très jeune n’est rentré que sur le tard au pays, alors que Michalias n’en est jamais sorti. Mais, sédentaire ou voyageur, tous deux obéissaient à la même loi pratique de la race : d’assurer les réalités de l’existence, avant tout. Chevauchant sous les étoiles, par les sierras d’Espagne ou sédentaire parmi ses bocaux, celui-ci et celui-là n’ont cédé, vraiment, qu’en se retirant des affaires à la tentation d’écrire. Encore Vermenouze s’y était-il essayé par intervalles, dès la vingtième année. Pour Michalias, la révélation fut extraordinairement tardive : il ne débuta guère qu’à la soixantaine.

Pourtant, ni à l’un ni à l’autre, on ne saurait dénier les dons les plus flagrants de la jeunesse et de l’âge mûr, heureusement associés, la fraîcheur et l’allégresse de la vision, la vigueur et la netteté de l’expression. J’arrête le parallèle. Il se poursuivra de lui-même aux chapitres de Vermenouze.


R. Michalias tint boutique de médicaments à Ambert, et son nom reluit en lettres d’or au-dessus de celui de son successeur, à quelques pas de la confortable maison où s’écoule sa retraite d’auteur régionaliste et d’amateur de jardins. Tout occupé aux soins de sa profession minutieuse, exclusive de grosses agitations et de longues absences, il dut borner son horizon aux brèves promenades du géologue et du botaniste. Aussi, par son commerce incessant avec l’indigène, il conserva l’usage quotidien du parler local et natal. De là, son inspiration limitée à quelques kilomètres de la Dore. De là, l’observation précise et méthodique ; ce qui n’empêche pas le pittoresque, le charme, la tendresse. De là, tant de saveur et de naturel du langage, ou des pièces de composition un peu apprêtée…

J’en étais arrivé au chapitre où je voulais signaler l’œuvre de M. Michalias, dont la renommée s’est imposée dans le monde félibréen. Cependant, je n’étais pas très assuré de mon jugement.

Quand je lisais :

« Ma Dore va, telle une jarretière, — autour des tertres fleuris.

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« Je nais d’une goutte de rosée… — Une goutte et une goutte font un fil, — mais pour coudre avec, il faut le dé — et aussi l’aiguille d’une fée.

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« Entre ses doigts, le fil se fait lien, — le lien se fait jarretière, — se fait ruban et même nappe — et s’étale par places dans les campagnes.

....... .......... ...

« A la manière de petites langues, les feuilles, — de l’osier me viennent caresser. »

cela me semblait bien maniéré ; mais le patois avait un tel goût de terroir qu’on ne pouvait se méprendre à sa qualité foncière — si différente de notre cantalien. Je résolus de m’informer davantage, et de revenir aux pentes du Forez et du Livradois ; car, plus d’une fois, jadis j’avais parcouru la contrée en divers sens, de Saint-Étienne ou de Clermont-Ferrand au Puy, à Arlanc, à la Chaise-Dieu… Mais tous autres souvenirs étaient écrasés, au surgissement, en ma mémoire, de la cathédrale romane, des statues, des chapelles sur les brèches et des dykes volcaniques, ou de l’abbaye formidable, sur le plateau sauvage…