Sous mes yeux je vois l’enclos — Et la coupole blanche — Où, comme les colimaçons, — Je me tapirai à l’ombrette.
Suprême effort de notre orgueil — Pour échapper au Temps vorace, — Cela n’empêche pas qu’hier ou aujourd’hui — Vite se change en long oubli !
Et quand les gens demanderont à Jean des Figues, à Jean Guévré : — « Qu’est-ce que ce dôme ? » ils répondront : — « ça c’est la tombe du Poète,
Poète qui fit des chansons — Pour une belle Provençale qu’on appelait Mireille ; elles vont, — Comme en Camargue les moustiques,
Éparpillées un peu partout ! — Mais lui demeurait à Maillane — Et les anciens du terroir — L’ont vu fréquenter nos sentiers. »
Et puis un jour on dira : « C’est celui — Qu’on avait fait roi de Provence… — Mais son nom ne survit plus guère — Que dans les chants des grillons bruns. »
Enfin, à bout d’explications, — On dira : « C’est le tombeau d’un mage — Car d’une étoile à sept rayons — Le monument porte l’image. »
Lecture émouvante s’il en fut, mais Mistral ne semblait pas, ne voulait pas prendre garde à notre trouble.
— Et puisque je l’ai payé, nous pouvons aller le voir.
En route pour le cimetière proche, parmi les dalles sombres et les mausolées de village, s’élève une jolie réplique du Pavillon de la Reine Jeanne si gracieux avec sa coupole légère, ses arcades élégantes, ses sveltes colonnettes…
Mistral, rêvant que le paradis devrait être la réalisation de ce que l’on a souhaité sur terre, pense qu’il sera bien sous ce kiosque charmant, pour tenir une éternelle Cour d’Amour. Avec l’Étoile du félibrige, le masque de son chien Pan-Perdut, quelques « Belles-têtes » seront sculptées aux clefs de voûte des Arlésiennes :
— Il ne faut pas oublier celles qui nous ont inspiré, murmure le poète…
Retournant à sa maison, il se félicite encore.
— Si je m’étais adressé à un architecte il m’aurait fabriqué un monument funéraire… Or je voulais quelque chose à mon goût… Cela en vaut la peine, c’est pour longtemps. Il y a quelques branches du jardin qui me le cachent un peu, je vais les faire abattre… Je suis très heureux à la pensée que je serai bien logé pour l’éternité !
CHAPITRE XXIII
La fin de Vermenouze. — Douceur et sagesse. — Les arbres d’Hyères. — Le dernier Noël. — L’Auvergne en deuil.