Cela dura deux ou trois ans, où, à travers de brèves reprises, il se sentait perdu. Il fut incomparable de foi, de sérénité, de bravoure. Il nous a légué le plus pur exemple de résistance humaine dans l’acceptation morale du déclin physique, du rétrécissement des horizons où s’était plu sa robuste activité. La verve du conteur, le rire ont disparu. La mélancolie et la tristesse sont venues, mais une âme imprévue d’exquise douceur se révèle. Le caractère ancien du capiscol nous paraissait dans son inspiration félibréenne tout de loyauté, mais non sans rudesse ; maintenant, le montagnard s’est dépouillé de sa rugosité. Par la foi, il a opéré le miracle de réformer un tempérament jadis prompt et volontaire, désormais soumis à la loi divine ; nulle plainte ne s’échappe de ses lèvres et c’est dans des strophes qui n’ont plus rien de terrestre, d’une adorable pureté de forme, qu’il jette un précieux regard sur les heures évanouies :

Vous avez attristé mon cœur, frappé ma chair,

O Seigneur, dispersé mes espoirs et mes rêves,

Et courbé mon orgueil comme un arbre des grèves

Sur qui passe le vent farouche de la mer.

Le sang tumultueux qui coulait dans mes veines

Est ainsi qu’un torrent d’été presque tari ;

Il ne réchauffe plus mon cœur endolori ;

Et ne fait plus gronder en moi ses douleurs vaines.

Je ne peux plus aller rêver parmi les champs