Toujours sur la flottante chevelure noire ou blanche, sur le vaste front, le feutre à larges bords : toujours la chemise à col rabattu où se noue une Lavallière ; toujours la jaquette déboutonnée sur le gilet droit. Le poète est d’accueil familier, d’une patience inlassable, d’une humeur égale et gaie ; mais il y a de la majesté, de la grandeur dans sa simplicité — « la dignité des rois et des bergers », comme avait défini Lamartine. Certainement, d’instinct, il répugne à la petitesse du commérage et à l’autobiographie. Mais il lui a fallu le dessein arrêté, aussi, et l’énergie de débouter les indiscrets ; car les assauts à son intimité n’ont pas manqué.

Il fut bien embarrassé, lorsque de vieux amis et des admirateurs passionnés décidèrent l’érection de sa statue, d’autant plus que ce monument démesuré ne devait pas le satisfaire. Le sculpteur, M. Rivière, connu pour de jolies statuettes, manquait de moyens pour les pièces monumentales. Son Mistral ne rend guère l’admirable modèle déjà chargé d’immortalité, le poète ne pouvait laisser croire qu’il s’enorgueillissait de l’aventure. Vraiment, on eût dit qu’il allait prendre le train, canne à la main, le manteau sur le bras :

— Il manque la valise, fit Mistral.

Sur ce mot on dut bien admettre que le poète n’attachait point à ce jubilé cordial une importance délirante ; mais il n’ignore pas la vertu des fêtes et leur grâce efficace sur les foules ; il se laissa donc inaugurer par les blancs, et promouvoir commandeur de la Légion d’honneur par les rouges ; que l’on ne croie pas à quelque grossier équilibre, quoique Mistral ait été conseiller municipal sans interruption depuis qu’il est éligible, ce qui a valu à la mairie de Maillane une décoration du Capoulié Valère Bernard. Il ne fait pas de politique électorale, de politique qui eût jeté la discorde au camp félibréen. Il n’est pas indifférent à la chose publique. La République de 1848 le trouva lyrique et frémissant :

Réveillez-vous, enfants de la Gironde,

Et tressaillez, dans vos sépulcres froids.

La liberté va rajeunir le monde…

Guerre éternelle entre nous et les rois.

Après le coup d’État de 1851, il renonça et pour toujours, « à la politique inflammable », désormais tout à la Provence, tout à la Poésie :

Toi, Provence, trouve et chante…