[54] L’histoire de ces négociations a été exposée avec documents à l’appui, pages [179-184].
Le peu de temps dont il dispose, Mistral le consacre à pousser jusqu’à Arles ou à Avignon ; en Arles, où il rencontre quelques félibres ; en Avignon, où il va faire un tour à la vieille librairie Roumanille, fameuse dans le monde félibréen. Enfin, aux grandes dates, il se montre à son peuple, déchaînant les adorations. En mai, c’était à Aix, pour la Sainte-Estelle, où fut élue reine du Félibrige une Limousine, Mlle Priolo. En juin, c’est, en Arles, la « Festo Virginenco ». C’est assez, je pense, pour évoquer un Mistral bien différent de celui que l’on imagine volontiers : le poète, buvant son soleil, comme le lézard du cadran solaire.
Toute la vie du splendide rénovateur de la langue d’oc fut d’une activité incroyable et diverse ; mais il n’a tourné vers la foule que son front de Poète-Dieu, et la multitude n’a vu de lui que son regard dominateur, comme on ne voit de sa maison grande ouverte que le faîte baigné de lumière. C’est ainsi qu’il a tout discipliné sous sa maîtrise ; rien du dehors n’a de prise sur son rythme intérieur, qui ne s’est jamais ralenti ou précipité sous le coup de nos pauvres fièvres : toujours, il a mesuré d’une âme égale le court chemin qui devait le mener de sa maison au cimetière, une centaine de mètres après cette promenade d’apothéose dans la gloire. Car, de la mort aussi il s’est paisiblement préoccupé.
Au point de vue politique et religieux, sa situation était ainsi délicate. Un jour qu’une revue me demandait un article sur F. Mistral, je préparai un petit questionnaire qu’il voulut bien remplir, pour se plier au goût du jour :
Demande. — Assistez-vous aux séances du conseil municipal ? (Mistral en faisait partie depuis cinquante-cinq ans !)
Réponse. — Je n’ai plus le temps.
— A quels offices ?
— Ni, hélas, pour les offices…
Ce qui n’empêchait pas ce chrétien peu pratiquant de recevoir la bénédiction papale.