Gerbert pour la Jordanne, Jean de Roquetaillade pour la Cère, toutes deux avaient de qui parler; l’un et l’autre, illustrations de l’abbaye de Saint-Géraud d’Aurillac!

Sur Jean de Roquetaillade, comment fonder une opinion qui ait chance d’exactitude, au milieu des jugements passionnés, prophète pour les uns, pour les autres, un possédé, mais pour tous un cœur saturé de vertu, une intelligence d’élite, toute l’éloquence d’un meneur de foules, d’énergie indomptable, qui ne céda jamais aux persécutions ni à la prison. Le courroux qu’il suscita chez les papes, les enthousiasmes qui lui accouraient d’ailleurs, malgré tant d’ombre sur cette étrange figure, la poussent en un suffisant relief—qui s’accentue encore, grâce à ce que nous pouvons imaginer par les pages du Vade mecum in tribulatione: le scandale de son temps, et qui, d’autre part, lui ralliait des admirateurs fanatiques.

Jean serait né à Yolet, comme Carrier, l’exécrable révolutionnaire des noyades de Nantes, des mariages républicains.

Aurillac.—La statue de Gerbert.

Astorg, un orpailleur, son oncle, l’éleva, le mit à Saint-Géraud où il ne tarda point à briller dans les études ordinaires de l’abbaye, à manifester un penchant rapide pour les sciences occultes.

En attendant de découvrir la pierre philosophale et de fabriquer de l’or, il inventa, pour les pêcheurs de minerai de la Jordanne, un système plus pratique que la peau de brebis; il apprit aux orpailleurs à séparer l’or des sables, par un lavage opéré au moyen de tables inclinées, recouvertes d’un drap grossier; le sable brut versé au haut de l’engin glissait sur ce drap, tandis que le minerai restait incrusté dans la trame. Ce procédé, que la tradition fait remonter très loin, était connu sous la désignation caractéristique de façon du cordelier.

Mais l’oncle Astorg ne se satisfaisait pas des grains que la Jordanne restituait si chichement.

Abîmé dans le problème à la solution duquel s’acharnait le moyen âge, l’alchimiste associa son neveu à ses recherches; aussi, dans la voie de l’hermétisme, Jean, à Saint-Géraud, avait été précédé par Gerbert, qui, sur la chaire de Saint-Pierre, fut considéré encore comme un pape sorcier, tant, alors, toute découverte la plus naturelle ne semblait avoir pu s’accomplir sans quelque magie: les cloîtres avaient leur laboratoire, leur fourneau pour le grand œuvre. Jean de Roquetaillade aurait écrit le Luminis Liber, traité de la transmutation des métaux, seulement compréhensible pour les initiés dans ses formules symboliques, ne permettant point aux profanes de pénétrer dans les arcanes du mystère.

Mais ce n’était pas la richesse que convoitait le chercheur, comme on verra par ses prédications, ses campagnes ardentes contre le luxe de l’Église même.