Le chef-lieu du Cantal ne vise plus à autre chose que de bien tenir son rôle de préfecture, d’avoir une administration aimable, des cafés avenants, des hôtels confortables, un cercle choisi, une garnison paradante, et de rompre la monotonie des jours par les agréments de sociétés artistiques et littéraires, tout en augmentant le chiffre de ses affaires.
Aurillac n’a rien de l’aspect qu’on serait tenté de lui prêter, arrosée par cette Jordanne merveilleuse, après tout ce mystérieux passé...
Mais la Jordanne, désertée des orpailleurs, ne voulant point demeurer seule à ne rien faire dans ce pays d’acharnés travailleurs, s’est mise à la besogne; elle coule chez les tanneurs, où elle se teint en rouille;—et lorsque, près de là, elle se joint à la Cère, celle-ci peut se leurrer de l’illusion que cette couleur provient de sables enchantés... Les déchets de tanneries sur l’eau, le cuivre des fontaines et chaudrons que l’on fabrique encore dans quelques rues, voilà tout ce qui tranche sur le fond neutre de la ville, depuis qu’a périclité la fortune des orfèvres à qui l’on devait «la parure d’Auvergne», les «tours de cou», les «Saint-Esprit»...
L’industrie actuelle est celle du parapluie en tous genres... exporté en Angleterre et Hollande.
Le flux est au foiral, lorsque la montagne descend, car Aurillac est resté le marché du Cantal—fourmes, galoches...
Alors, les carrioles encombrent les ponts, les faubourgs; des troupeaux dévalent, richesse intarie de l’Auvergne, celle-ci, qui coule sans cesse des plateaux et des sommets, abondante et sûre; au foiral, les bœufs, les vaches; par les rues, les chèvres, les porcs, les brebis...
Après l’âpreté, les ruses des marchés conclus, la joie de la vente, la gaieté de l’achat, le contentement, chez les uns et les autres, d’une bonne affaire, dans les auberges combles, l’or, du vrai! en belles pièces, sort des bourses de cuir pour entrer en d’autres bourses de cuir, pendant que se vident les pauques de vin, et s’emplissent les estomacs, et s’échauffent les crêtes...
Alors, Aurillac s’anime, vit, largement, tout son peuple là,—en blouses, en vestes, avec les vastes feutres débordants; les femmes... encore quelques débris des accoutrements anciens, quelques bijoux.
Et c’est des bourrées, chantées et dansées, jusqu’au soir...