Laroquebrou.

Après quoi, Aurillac recommence de somnoler doucement le long des jours, où sa garnison manœuvre dans les casernes, ses fonctionnaires fonctionnent, ses magistrats jugent, ses avocats plaident, dans un palais de justice devant lequel des canards ou des cygnes s’ébattent en la pièce d’eau du square; les avoués se constituent, les huissiers instrumentent, les notaires passent des actes; au lycée, tout neuf, les professeurs enseignent...; à Notre-Dame-des-Neiges,—une Vierge noire,—le clergé officie; dans les cafés, les manilleurs sévissent, au milieu des discussions politiques; cependant, des poètes se sont groupés, font de la décentralisation, avec un journal illustré, lo Cobreto, sous l’inspiration du capiscol Vermenouze, et la vie n’est pas plus mal lotie ici qu’ailleurs...

Mais, évidemment, après la splendeur, évoquée par l’histoire, de cette abbaye de Saint-Géraud, foyer de science et d’art, de tant de couvents, de communautés, qui donnaient à la capitale de la haute Auvergne un lustre à présent effacé; après ces temps héroïques où elle s’est abîmée, les vicissitudes des guerres religieuses où ses monuments furent détruits, la ville saccagée, ses remparts démantelés; après tout cela, certes, l’impression ne peut manquer d’être réduite, que l’on goûte à parcourir la ville où l’on a tout vu, avec les statues de Sylvestre II par David d’Angers, et du général Delzons, un superbe Tilleul de Sully, la chapelle d’Aureinques (au mémorable trait, touchant de fidélité, de cette jeune fille qui s’enferma au Buis, quand mourut, dans un assaut des huguenots, son fiancé, Veyre, dont le cadavre, calciné dans la maison où l’incendie le surprit en se battant, ne fut reconnu qu’à une bague d’or, cadeau de fiançailles); un hôtel consulaire, restauré, rappelant les luttes de la cité contre ses abbés; l’église Saint-Géraud, quelques fontaines, dont une de serpentine...

Défilé de la Cère en aval de Laroquebrou.

Il ne reste plus qu’à longer la Promenade d’Angoulême, où la Jordanne, avant de passer chez les tanneurs, reflète le plus pittoresque et le plus sordide fouillis de masures estropiées, une rangée de balcons pourris, où pendent des loques et des guenilles à sécher...

Mais, lorsque le tour du guide accompli, les regards se portent un peu plus loin, le jugement se modifie: Aurillac, sans séduction intérieure, sans guère rien pour retenir, n’est point indifférent, si mal disposé que l’on soit, par quelque temps qu’on y ait séjourné...

A l’entrée de la vallée de Mandailles, abritée des collines du bois de Lafage et du roc Castanet, devant la plaine mamelonnée, qui propage ses boursoufflures de terrain vers le Lot; avec, là-haut, le Puy Mary qui étage ses plans majestueux, arque sa double cime dans la nue,—entre cette immense plaine, comme la mer, d’un côté; à l’opposé, la montagne qui se hausse et s’élance,—Aurillac, tout de même, peut remercier son patron saint Géraud de l’emplacement qu’il lui a choisi;—d’ailleurs, les goudots lui en sont fort reconnaissants; ils adorent leur ville et leurs campagnes,—jusqu’aux confins du Rouergue, où pétillent les sources dont Teissières-les-Bouillès tire ses délicieuses eaux de table. Les goudots, ce sont les pescalunes, et les uns et les autres, les Aurillacois: mais goudot, je ne sais pas le sens; pesca-lunes, parce qu’ils seraient ingénus au point de vouloir pêcher la lune, lorsqu’ils l’aperçoivent dans l’eau: railleries des montagnards au détriment du citadin, qui ignore les rudiments de la culture et de l’élève!

A Laroquebrou.—Marchande de pommes.