Mais non.

Tout était vrai.

Oui, M. Rames était bien tel.

Gerbert n’avait accompli son miracle qu’une fois et pour le seul doyen de Saint-Géraud. Quiconque voulait visiter le petit musée de M. Rames subissait le charme. Il faut croire aux miracles,—puisque l’on n’y est jamais convié. Avec la science, on peut toucher. Les miracles ne se répètent pas pour convaincre l’incrédule. La science recommence... Quiconque entrait chez M. Rames pouvait se procurer cet éblouissement. Cela n’était pas plus difficile à M. Rames que de couper de la pâte de guimauve...

La ville a acquis sa collection...

Il repose à Carlat, contre un pendentif de basalte qui se déplace chaque année, ensevelira sa tombe, un jour: il faut le souhaiter, c’est la dalle qui conviendra à ce savant et à ce poète dont, après Gerbert et la Roquetaillade, j’ai cru devoir inscrire le nom dans les fastes d’Aurillac...

Il ne faut pas que les gloires anciennes pèsent sur le présent au point d’écraser de plus humbles, mais, tout de même, considérables destinées... «Sa bonté et sa charité inépuisables, dit M. Boule dans une notice, l’avaient rendu très populaire à Aurillac... Mes relations avec lui remontaient à vingt ans. J’étais encore enfant quand je lui présentai mes premières récoltes d’histoire naturelle. Je sortis de son cabinet plein d’enthousiasme, car mon savant maître avait au plus haut degré le don de faire aimer la géologie. Il excellait à mettre en pleine lumière les points intéressants d’un phénomène, à le dégager des détails accessoires et à remonter à la cause. Il possédait une telle faculté d’évocation des choses disparues qu’à la vue d’un gisement ou d’un simple échantillon, il faisait renaître à mes yeux les splendides tableaux de la nature passée. Ses descriptions si colorées, si vivantes, des paysages cantaliens aux diverses époques de l’histoire du volcan avaient des aspects de rêve, et ses récits géologiques prenaient parfois des allures d’épopée. De longues années d’intimité avaient ajouté à mon admiration pour le savant un grand respect pour l’homme. Je savais que, dans cette belle âme, il n’y avait de place que pour les préoccupations nobles et généreuses. Je connaissais tout ce que cette existence, exclusivement partagée entre la science et le devoir, offrait d’admirable et de touchant. Les hommes qui, en province, loin de tout centre scientifique, se vouent au culte des choses de l’esprit, ont parfois des moments de découragement. L’exemple de la vie de Rames, si bien remplie et si méritoire, est de nature à les ranimer, à les réconforter, car notre très regretté confrère laissera dans l’esprit de tous le souvenir d’un parfait homme de science.»

Pendant la foire d’Aurillac.

Le cas de Vermenouze, le cas de Rames, provoquant sur leur ville natale, à laquelle ils furent constants, le regard des poètes et des savants, voilà qui fournirait d’amples arguments en faveur de la décentralisation.