Il est banal d’établir des analogies entre les êtres et les choses, entre l’homme et son endroit de naissance et de vie. Mais comment résister pour Clermont et Pascal à confronter cet homme ci avec cette cité là, cette âme de lave ardente avec ce sol de volcans. En quel autre lieu d’origine se représenter mieux qu’ici, sous ce ciel éperdu, avec les horizons érodés du cratère, le génie précipité et brûlant du savant, de l’écrivain des Lettres Provinciales et des Pensées, du janséniste rigoureux et intransigeant de Port-Royal...
A Montferrand.
Par contre, je n’aperçois pas que Jacques Delille, de Clermont, aussi, mais clandestinement, puisse prêter à aucune comparaison de la sorte; il ne semble pas que le poète didactique des Jardins et le traducteur de vers de Virgile ait bénéficié en rien des énergies du terroir... Jean Domat, avocat du roi au présidial (grâce à qui des commissions furent nommées pour aller tenir les Grands Jours), contemporain et ami de Pascal, et fervent janséniste «prince des juristes modernes» qui a presque formé d’Aguesseau, inspiré Pothier, et quelquefois prévenu Montesquieu, est une autre célébrité de Clermont, dont les austères travaux sont plus «couleur locale» d’ici que les versifications de l’abbé...
Par exception à tant d’édifices de ténèbre, la fontaine incrustante de Saint-Allyre compose une petite île toute blanche, avec ses dépôts de matières calcaires, au-dessus du ruisseau par où elle s’échappe, où ils ont formé deux ponts. Un propriétaire exploite une grotte, où il soumet à la pétrification mille animaux, plantes, objets, auxquels, en un certain temps, les matières calcaires en dissolution dans l’eau, se précipitant, font des carapaces, des enveloppes blanches; dans le jardin, voici les chefs-d’œuvre du genre: vache blanche, tigre blanc, personnages blancs dansant la bourrée, un tapir blanc, un tigre blanc, des oiseaux blancs!
Dans la campagne clermontoise.—Faucheurs.
On devine quelles superstitions devaient entourer cette fontaine blanchisseuse!
Retournons dans la ville, par les vieux quartiers assez grouillants, dont les habitants expliquent la tortuosité d’une façon amusante:
«Il y a peu de villes en France, qui aient des rues aussi gauches, aussi ridicules, aussi bizarrement contournées. Il faut les avoir vues pour s’en former une idée, et à moins d’imaginer, à plaisir, des cornes, des enfoncements, des saillies, enfin des contours et étranglements continus, je ne crois pas qu’il soit possible à un architecte de former un pareil chaos. Aussi les Clermontois prétendent-ils que c’était une malice du bureau des finances, qui, étant établi à Riom, petite ville très bien percée et bâtie agréablement, voulait, par jalousie, conserver à son chef-lieu une prééminence sur Clermont, et, dans ce dessein, non seulement laissait prendre ici, pour les bâtiments, tous les arrangements biscornus que pouvait dicter le caprice, mais quelquefois, dit-on, en ordonnait lui-même de plus bizarres encore.»