Vallée de la Veyre.—Saint-Saturnin.
Dans cette vaste pièce, au plafond traversé d’énormes poutres, d’une vieille maison où, dans les angles, luisent des yeux de rapaces empaillés, devant une truite rose et des perdreaux dorés, arrosés d’une pauque de franc limagne, j’ai entendu Vermenouze dire ses vers, et j’étais ravi; une autre fois, à Vic-sur-Cère, à l’hôtel du Pont, dans une salle dont les fenêtres s’ouvraient sur la montagne, par un soir ardent d’été... et je fus ému; plus tard, à l’occasion d’une fête, sur les marches du Palais de justice d’Aurillac, devant la foule enthousiaste, et je fus enthousiasmé...
Pendant les vendanges.
Désormais, il ne se passa point d’années où je n’allasse relancer Vermenouze, dont il ne me restait que des bribes ou les morceaux publiés dans les Poètes d’Auvergne, de Bancharel, avec préface de Louis Farges, ou dans les journaux de là-bas; cependant, tous l’incitaient: sa production devint plus régulière, plus nombreuse; Monseigneur Géraud, poète lui-même, l’abbé Courchinoux, auteur de la jolie Pousco d’or, arrivaient à la rescousse; force fut bien à Vermenouze de livrer ses vers...
Arsène Vermenouze les a rassemblés, ces vers, jusqu’à présent épars dans les journaux d’Aurillac, où, seuls, hormis la clientèle locale, de rares patoisants avertis pouvaient s’en régaler.
Nous commencions à désespérer de la publication de ce volume à quoi, depuis tant d’années, nous avons, de tous nos efforts, excité l’auteur; et l’effort n’a pas été mince, j’affirme, pour battre la modestie farouche de notre ami qui opposait une résistance auprès de laquelle celle de Vercingétorix aux armes de César ne fut qu’un simulacre de défense; mais Vercingétorix eut César pour le commenter!
Ah! oui, que Vermenouze nous a fait languir! Mais enfin, nous le tenons. Qu’il avait tort de craindre! Pour moi, je ne suis pas du tout inquiet de l’aventure pour l’œuvre que le barde cantalien hésita si longtemps à laisser dévaler de la montagne! Comme nos robustes émigrants du massif central qui, gardant si marqués le pli d’origine, les traits énergiques et tenaces de la race, font partout leur trou, et ne rentrent au pays qu’après avoir réussi, ainsi le livre de Vermenouze se fera sa place dans les bibliothèques choisies où les livres restent; et le nom de l’écrivain va lui retourner en renom, et du meilleur! Car le sauvagin qui monte de ces fleurs du broussier, de cette Fleur de bruyère d’Auvergne, la senteur poignante de terroir qui s’exhale de ces pages, n’échappera à personne.
Vallée de la Veyre.—Saint-Amant-Tallende.