Château de Saint-Julien de Coppel.

Avec Vermenouze, vous irez boire l’écuelle de lait frais fumant, au buron, blotti comme un nid dans le tilleul, sur les plateaux d’estive, vers les crêtes déchiquetées... Vous parcourrez la lande sans fin, hérissée comme râble de sanglier, les châtaigneraies où l’arbre magnifique, avec son feuillage étalé, fait la roue au soleil, comme un paon. Vous traverserez les bois noirs, aux géants décapités, incendiés par la foudre. Vous ferez aboyer les lobrits des sombres villages, des hameaux de basalte perdus, écrasés de neige la moitié de l’année. Vous ferez connaissance avec leurs frustes habitants, bouviers aux sabots pointus, vieilles en boborel, à la face usée et fendillée, avec la légendaire quenouille, ou le sempiternel tricot aux mains, gardant quelques oies, une vache rouge ou jaune. Et vous assisterez à de formidables ripailles, jambes de cochon, poitrines farcies, paquets de tripes que l’on se flanque sous le gilet en vidant combien de poinçons de Limagne ou d’Entraygues!

Le sol s’ébranle jusqu’aux faîtes des monts?

Rassurez-vous, ce n’est pas un tremblement de terre,—rien que la bourrée, que virent nos montagnards, hardi-là, tant que la fumée du vin dure; tant que le cabrettaïre aura du souffle pour gonfler l’outre de sa cabrette, les danseurs auront des jambes pour danser et le cabrettaïre aura du souffle, tant que la servante remplira son verre ainsi!

Mais ne nous attardons pas; çà et là, que de physionomies pittoresques, authentiques, le pisteur, le pêcheur, le garde, le terrible garde aux contraventions suspendues sur tout ce monde de braconniers de la forêt et de la rivière, et monsieur le curé et ses menettes, et le «gratteur de chats», etc., etc. Et le chien, le veau, le porc, l’âne, et même des conseillers municipaux, voire des préfets, figurent dans la galerie, ou, plutôt, y jouent des rôles principaux; car il y a du fabuliste dans ce paysagiste qui évoque les personnages si bien dans leur atmosphère, d’un relief solide, d’une justesse, d’une verve!

Entre Billom et Ambert.—Saint-Dier-la-Faye.

Enfin, quelle saveur mystérieuse, indéfinissable, quelle séduction, disait Balzac, que celle de ce patois, de notre patois, le patois! si bourru et si fin, si âpre et si doux!

Le patois!