La Roche-Vendeix, vue de la route de la Bourboule.
Aimerigot-Marchès, Alleuze! Une épouvante traîne encore dans les ombres de cette silhouette déjetée, des quelques pierres, fragments de tours et de logis encore droits du château au sommet d’une butte, cernée de la boucle de deux rivières, surgissement de repaire cauteleux, enfoncé et au guet.
Sur un autre point, un village encore porte un nom abhorré, Brezons, vers le Plomb du Cantal; pourtant, Charles de Brezons, lui, n’était pas un hors la loi, un condottiere à la solde de quiconque; «homme fatal, catholique sans entrailles, célébrité de sang» qui, par les Guise, en 1560, devint gouverneur du haut pays. Les protestants, dès sa nomination, fuient de toutes parts. Tout lui est prétexte à égorgements. Une pierre, tombée d’une fenêtre, à Aurillac, l’effleure: on tue les huit personnes de la maison, sans savoir si la pierre avait été lancée, ou si sa chute était due au hasard. C’étaient des massacres d’inoffensifs calvinistes, réunis en famille pour prier dans les granges. C’étaient pillages, vols et viols, toutes les cruautés contre les réformés. Sanglantes annales pour ce petit Brezons au clocher branlant, au calvaire où je me suis tant écorché les genoux, à grimper par le rocher, où je resterais de longues pages, si je m’écoutais, à redire les miens, à pleurer sur les morts, à m’attendrir sur l’oustau et l’hort...
Pourtant, je ne puis omettre le château de la Bouël, que ne dépasse jamais l’agasse, les pies ayant été excommuniées à la suite d’une foule de vols; et le château du Grand-Roc, qui recèle un énorme trésor.
Et la casso boulento, la chasse volante, le grand veneur qui traverse à de certains minuits la vallée, vêtu de flammes, poussant de son fouet de feu, à travers l’espace sa meute rouge et ses piqueurs flamboyants!
Et las fados de Fareiro, les fées de Farère, sous une grotte merveilleuse, en pendentifs de basalte!
Et le drac, diablotin malfaisant, «qui tourmente le sommeil des bergers, leur tire la couverture, cache leurs vêtements, ou va les mouiller dans le ruisseau voisin... C’est encore lui qui détache dans l’ombre les chevaux de l’écurie, et galope sur eux au clair de la lune.» Cependant, avec quelques prévenances, on peut gagner le drac—en lui disposant une jatte de lait dans un coin, en laissant la porte entre-bâillée pour qu’il puisse venir, l’hiver, se réchauffer à l’âtre...
Et les peurs, les peurs...
Oh! rien que de me rappeler, je n’oserais tourner la tête, mettre les pieds dans le jardin, par ce soir où j’écris, et au moindre craquement des planchers, c’est un frisson...