CHAPITRE XV

La vie de la montagne.—Massiac; sainte Madeleine et saint Victor.—Murat; Bredons; route de Salers.—Les burons.—Salers, Mauriac, Riom-ès-Montagnes.—Allanche, Marcenat, Condat, Champs, Bort.—La Tour d’Auvergne; foire aux cheveux.—Champagnac-les-Mines; lendemain de grève; la montagne qui brûle.

Ça et là, par les monts du Luguet, les monts Cézallier, l’Artense, le Combraille, voilà de l’Auvergne à parcourir, dans la vie de la montagne, du buron, dans les nuages, jusqu’au puits de la mine... avec les montagniers et les troupeaux sur les cimes, les charbonniers dans les forêts, les mineurs dans le sous-sol de la terre...

A Massiac, brusquement, la vigne meurt en face des sapins qui naissent; la vigne ne reparaît qu’au delà d’Aurillac, à Maurs, assis dans les châtaigniers...

Église de Bredons.

A Massiac, se dressait le château de «ce grand diable d’Espinchal» qui survécut à sa condamnation à mort par les Grands Jours,—gracié par Louis XIV, pour avoir heureusement négocié le mariage du grand Dauphin avec la princesse de Bavière: ce Gaspard, dont les méfaits et crimes tiennent douze pages d’énumération, devint comte, en outre, et reçut encore le portrait du roi, enrichi de diamants: réconcilié avec sa femme, il s’éteignit dans la paix du Seigneur, un prêtre à son chevet! A Massiac, sur les deux parties de la Chauds que divise l’Alagnon, l’une, dans l’ébriété des vignes, l’autre, dans le navrement des sapins, portent chacune sa chapelle: «Les deux parties de la Chauds ont reçu leur nom de deux dévots personnages qui s’y étaient retirés: saint Victor avait un ermitage sur l’une, sainte Madeleine sur l’autre, et, actuellement encore, chacun d’eux y a une chapelle bâtie en son honneur. De leur dévote retraite, les deux anachorètes pouvaient se voir, mais la rivière les empêchait de communiquer ensemble. Cependant, Madeleine désirait beaucoup consulter Victor sur les choses divines; enfin, elle l’obtint du ciel, et y parvint par un miracle, suivant la tradition. Un jour, la sainte s’avance sur le bord de sa montagne, son chapelet à la main, et, après avoir appelé Victor, le lui jette en l’air. A l’instant même, le chapelet s’étend miraculeusement; il se prolonge d’une montagne à l’autre, dans toute sa longueur, et forme un pont qui les joint toutes deux par le sommet. Alors l’anachorète et sa sainte voisine s’approchent pour faire leur pieux colloque. Enfin, toutes les fois que Madeleine voulait demander à Victor quelque conseil, elle employait le même moyen. Mais, pour éviter toute occasion de scandale et de chute, elle ne se permettait point d’aller jusque chez lui, ni ne l’autorisait à venir chez elle: tous deux s’arrêtaient à mi-chemin sur le pont; et, pendant leur entretien, ils restaient ainsi exposés aux regards et, par conséquent, à l’admiration des gens du voisinage.»

Dans le canton de Massiac, à Védrines, une légende dit «qu’il y a mille ans, tous les habitants du village périrent, après avoir mangé d’une anguille monstrueuse, fécondée par un serpent». La bête du Gévaudan n’a commis que bien peu de ravages auprès de cette monstrueuse anguille,—qui devait bien mesurer la distance de Massiac à Murat.

Sur le trajet, les ruines d’Aurouze, de Merdogne.