Chantez les burons, mais ne les habitez pas, conseillait Chateaubriand...

Le buron, le mazut,—le chalet de l’Auvergne,—c’est le réduit du vacher et de ses aides, le boutillier—son second—et le pâtre; une cabane basse, avec un toit de tuiles ou de mottes de gazon touchant terre, ombragée d’un tilleul, de quelques arbres; deux ou trois compartiments où ils couchent et font le fromage, caillant le lait, pétrissant la tome, la pressant et, la fourme prête, la rangeant dans la pièce à cet usage. Autour du mazut, le bedelat pour les veaux; la loge pour les cochons. Plus loin, le parc mobile, à claires-voies, déplacé chaque jour, pour les vaches...

Salers.—Le beffroi.

Vie pâtissante que celle du buronnier, de ce roi de la montagne, dans ces durs étés, où le froid, le vent ou l’orage ne manquent pas. Soigner le bétail, traire, et fabriquer la fourme prennent les journées de l’aurore à la nuit; ces blocs de quarante kilogrammes, qui correspondent à sept ou huit cents litres de lait, ont été pétris par les mains et les genoux; des pierres, une barre de bois servent de pressoir; tous autres engins ont échoué, paraît-il, et le fromage n’est bon qu’à l’antique méthode...

Du pain noir, trop sec ou moisi, du lait,—pas trop,—il faut le garder pour produire beaucoup de fourmes,—du petit lait, de l’eau sont l’aliment des buronniers...

Ces cabanes et ces gens, que de loin et d’en bas, on poétise... leur isolement aux pires altitudes ne les abstrait guère de l’humanité de la plaine ou de plus bas encore. C’est le regard baissé sur leurs vaisseaux de bois, qu’ils manipulent le fromage, presque aussi prisonniers et à l’étroit, en plein ciel, que le mineur abattant le charbon dans sa galerie, ou le pêcheur sur sa barque! Mais, celui-ci, rentré au port est libre. Le mineur, remonté de son trou, est libre... Les buronniers, pendant ces quatre ou cinq mois d’estivage, avec les deux traites des vaches, et la préparation du lait ensuite, ne bénéficient point de pareils répits; ils travaillent obstinément, sans guère de repos que, le soir, où, dans le tintement des clochettes des bêtes, ces taciturnes et ces solitaires entonnent la Grande, leur ranz des vaches, un air sans parole,—à quoi bon puisque personne ne les entendrait,—lo lo lo lo lo lo léro,—une fruste tyrolienne... quelques notes lentes, mais cela si expressif, qui roule d’une montagne à l’autre, lo lo lo lo léro lo... Pénible métier, auquel, de plus en plus, beaucoup préfèrent les risques de l’émigration...

Salers, à l’extrémité de cette route qui, de Murat, y conduit, à travers un tel décor d’immense nature, Salers, sur l’avancée de son escarpement au-dessus des vallons de l’Aspre, de la Maronne, de Malrieu, se montre redoutable comme la plus forte forteresse...

Le Vaulmier.