Seuls les souvenirs des aventures de Marguerite de Valois en Auvergne distraient un peu de la visite ardue et monotone aux forteresses où nous ne rencontrons jamais que les Anglais, les Huguenots...
Carlat.
Pour Mirefleurs, Carlat, Ybois, Usson, nous n’entrerons plus à l’assaut derrière quelque hasardeux capitaine; enrôlons-nous dans la suite de Marguerite, de qui Brantôme disait que «pour parler de la beauté de cette rare princesse, je vois que toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont esté, près de la sienne sont laides et ne sont point beautéz, et diroit-on que la mère nature, ouvrière très parfaite, mit tous ses plus rares et subtils esprits à la façonner».
Et Marguerite de Valois est bien une femme d’Auvergne, par sa mémoire restée en tant de lieux, où tout d’un coup, sur les froides landes de lave et de genêts, flotte un arome de volupté. Mariée par politique à Henri de Navarre qu’elle détestait, Charles IX disait qu’en donnant sa sœur, sa grosse Margot au roi de Navarre, «il l’avait donnée à tous les Huguenots du royaume». Ils ne lui suffirent pas, d’après son autre frère, Henri III: «Les cadets de Gascogne n’ont pu soûler la reine de Navarre; elle est allée trouver les muletiers et les chaudronniers d’Auvergne.»
Auvergnate par alliance, donc.
Mais son exil, sa relégation ne furent guère volontaires. Détestée de ses frères, Charles IX et Henri III, détestant son mari le Béarnais, sa vie est en marge de la cour. Réfugiée à Agen, elle s’en fait bannir; c’est alors qu’elle se dirige sur Carlat, encore tout rempli d’elle, Carlat que rien ne semblait destiné à être le décor d’une cour d’amour, sur ce rocher de sept cents mètres de tour, qu’il dominait de quarante mètres de hauteur, isolé, à pic de tous côtés, avec une seule entrée, un escalier étroit taillé dans le basalte, un mur extérieur flanqué de tours et de bastions, une seconde enceinte crénelée, une ligne de forts couronnant le plateau... Du XVe siècle au XVIe, son sort est agité, comme devait l’être celui d’une place guerrière de cette importance; ne dénombrons point ses prises et reprises par ceux-ci ou par ceux-là. Parmi ses maîtres précédant Marguerite, la vicomté de Carlat compta Jacques d’Armagnac, toujours en armes contre Louis XI, plusieurs fois pardonné, enfin sur une trahison dernière, assiégé, contraint de se rendre, condamné à avoir la tête tranchée. Carlat, réuni à la couronne sous François Ier, fut du domaine de plusieurs reines, enfin de Marguerite de Valois.
Il paraît qu’en s’installant à Carlat, Marguerite commence par «donner une certaine liberté aux auberges qui auparavant n’en avaient presque pas; ainsi dans le Carladès, il leur était défendu de recevoir des hommes mariés». Une ordonnance pareille aujourd’hui, et je crois bien que le célibat ferait de nombreux adeptes dans la contrée!
La solitude devait être pesante à Marguerite, encore qu’elle eût les ressources de l’étude, le goût des arts, le don des vers.
Aussi, un jeune page, d’Aubiac, bénéficia-t-il des faveurs royales: «Je la voudrais pour un instant, à peine d’être pendu après», soupirait-il. Ce qui advint.