Errant sur le plateau qu’occupait le château rasé, parmi l’herbe où paît quelque mouton, ou dans l’angle où quelque paysan est à charruter, ce n’est point l’emplacement des bâtiments militaires que l’on cherche, mais l’oratoire, le boudoir, l’appartement de la reine, où pénétraient pâtres et voituriers de Vic et de Raulhac, alors même que Marguerite instruisait d’Aubiac, faisait son secrétaire de cet enfant, lui élevait l’intelligence et l’ornait, pour l’aimer ensuite jusqu’à pousser sur sa mort une plainte qui a traversé le temps...
Cet épisode romanesque assure l’histoire de la forteresse mieux que tous ses sièges; le sombre Carlat est tout fleuri de ce tendre souvenir.
Dix-huit mois après, Marguerite est chassée: «La vérité est telle que le sieur de Lignac, pour quelque mescontentement et jalousie qu’il a eus de la royne de Navarre, qu’elle ne se saisît du chasteau, l’a chassée... Il a retenu quelques bagues en payement, comme il doist, de dix mille livres qu’il a despendues pour elle qui, après avoir bien contesté en son esprit, se résolut de s’en aller à Millefleur (Mirefleur), et se meit en chemin à pied aveq Aubiac et une femme, puis, sur le chemin fut mise sur ung cheval de bast, et après dans une charrette à beufs» qui la conduisit à Ybois, où il n’y a ni vivres ni munitions, rien que «des noix, quelque lard et des fèves», Ybois, bien déchu, en comparaison de celui que montrent ces vers:
Je suis Ybois, très forte place,
Où il y croist de bon froment,
Car la terre est bonne et grace.
J’ay de bons vins et largement
Poiz et febves pareillement,
Et tant de fruictz et nourritures
Que de l’argent semblablement,