Le Puy.—Sous le porche de la cathédrale.

(«Le Rocher Corneille, vu de la route de Lyon, après le pont Saint-Jean, offre une configuration assez singulière: au-dessous d’un quartier de roche représentant un lapin au gîte, on remarque, comme sculpté en bas-relief, sur un fond presque noir, un profil colossal auquel on donne vulgairement le nom de Henry IV. Certes, l’illusion y prête beaucoup, mais il est très vrai qu’il existe une certaine ressemblance: c’est le nez aquilin, la moustache prédominante, le menton et la barbe allongée. La fraise même qui orne le col se trouve formée par un buisson de verdure.»)

Je me suis engagé, au hasard, par un dédale inextricable de ruelles en échelles, de montueuses spirales, encaissées entre de longs et hauts murs, aux tournants desquelles, dans un silence, une torpeur de ville espagnole, son délabrement et sa puanteur aussi, dans le rectangle d’ombre et de fraîcheur d’une impasse, éclatent les caquets d’un cercle de dentelières, pittoresques par quelques détails de vêtements, débraillées à la chaleur, manœuvrant, de doigts habiles, le jeu des écheveaux sur les jolis tambours...

Dans le va-et-vient, les hésitations, les zigzags maladroits des touristes sans guide, je serais bien incapable de redire mon trajet.

Je n’ai gardé que des impressions par taches sur la mémoire. Mais des taches vives, indélébiles...

D’ailleurs, je ne tenterais pas d’aboutir là où il me semble que toutes descriptions, même de Mérimée, n’ont point réussi à «rendre» la basilique, à dégager sa personnalité, son caractère singulier...

Discerner les modifications, les agrandissements successifs, fixer des dates, indiquer les influences de style sensibles dans les corrections et les additions, cataloguer les fragments de sculpture, et, après inspection des voûtes en coupoles oblongues de la grande nef contrebutées par les bas-côtés, classer l’édifice en romano-byzantin, cela, fort utile, nécessaire, ne fait pas apparaître, cependant, à l’esprit le plus attentif et le plus inventif, ce qui, par le rythme mystérieux et sûr des lignes, monte, des pierres ajoutées aux pierres, d’indéfinissable, d’émouvant et de certain par quoi nous sommes arrêtés et conquis...

Certes, l’effet n’est pas banal de la façade blanche et rouge, avec son portail aux colonnes de porphyre, au bout du long escalier qui, partant de la pente dure de la rue des Tables, bifurque sur les côtés, mais donne toujours l’illusion qu’il s’enfonce dans l’église, comme jadis où il pénétrait jusqu’au centre: ce qui faisait dire «que l’on entrait à Notre-Dame par le nombril, et que l’on en sortait par les oreilles».

Disposition hardie,—l’édifice suspendu dans le vide, par dessus l’escarpement,—qui avait été nécessitée, lorsque le palier de roc où posait le monument primitif avait manqué pour un établissement plus vaste. Aussi, suivant Viollet-le-Duc, pour permettre aux pèlerins d’arriver processionnellement jusqu’à l’image vénérée...