Le rocher d’Espaly.

Mais cette vue de front ne laisse pas soupçonner le reste, le cloître, le clocher, le porche latéral, les bâtiments religieux voisins, la masse de la cathédrale, où l’on arrive par les chemins que j’avais pris, où l’on ignore, alors, l’alignement principal.

On ne s’oriente guère, tout d’abord... et lorsque l’on s’est expliqué cette position originale, unique, il reste du doute et du trouble.

Notre-Dame du Puy est bien Notre-Dame de la Montagne, déconcertante, fuyante et insaisissable, tenant du sommet et de l’abîme; c’est par cette impression que l’on est envahi, dont l’on conserve la hantise, plus que l’on ne se souvient des époques successives, des géométries et des agencements de l’édifice; la tradition locale que ce serait un cerf qui aurait tracé sur le sol l’enceinte de la future église autour d’un dolmen sur lequel était apparue la Vierge, s’explique mieux que la vérité historique, rapportant aux hommes le projet spontané de situer là une basilique...

Aiguilhe et Polignac vus du rocher Corneille.

Par ce lundi de l’Assomption, où je montai à Notre-Dame, il pesait sur tout la lourdeur d’un lendemain de fête; on rencontrait encore nombre de pèlerins attardés de la veille; et, d’autre part, comme c’était marché, les campagnards profitaient de leur venue à la ville pour concilier leurs intérêts et la dévotion; entre deux emplettes, ou après leurs affaires, ils se rendaient là-haut fléchir le genou devant la vierge noire rapportée de Palestine par saint Louis, ou sa copie plutôt; et la grosseur du cierge allumé par les bonnes femmes en sabots, corsages lacés, chapeaux de feutre noir sur le bonnet, qui traversaient le sanctuaire, sans doute, se proportionnait à ce que les porcs, les poulets ou le beurre se vendaient.

Si j’ai pu douter, jadis, de loin, que le Velay fût de l’Auvergne, il m’aurait suffi de quelques secondes, même aveugle, pour me désabuser absolument.

Oh! pas d’erreur possible! Cela sentait le buron, l’étable, les gens et les bêtes comme en champ de foire, à en perdre l’odorat! Il faut que le Père éternel ait les narines éprouvées pour ne point défaillir, et tomber du ciel, à cet encens de ses fidèles montagnards...