De l’Arvernie de Vercingétorix à l’Auvergne de Pascal, du plateau de Gergovie, où le chef gaulois énervait la fortune de César, jusqu’au sommet du Puy de Dôme, à quelques kilomètres de là, où le futur auteur des Pensées faisait exécuter ses fameuses expériences, dans cet étroit espace seulement, que de choses pour toucher à jamais l’esprit et le cœur!
L’Auvergne!
Le bâton ferré de l’ascensionniste n’y peut frapper le roc, sans qu’il en jaillisse, vigoureuse et drue, quelque source d’émotion et de pensée.
Sur ces granits et ces basaltes héroïques, où s’est inscrit de l’histoire, le génie puissant de la race s’est marqué encore dans l’œuvre incomparable, indestructible aussi, du philosophe, du savant, de l’écrivain.
Et les territoires ne doivent pas leur physionomie qu’à des conflagrations de matière et d’éléments; ce n’est point que la collaboration paradoxale du feu et de l’eau, l’antagonisme des volcans et des glaciers, qui a modelé l’Auvergne actuelle...
Comment traverser une contrée en faisant abstraction des événements qui s’y accomplirent au long des âges! Je ne parle pas que des dates exactes des livres, mais encore de l’empreinte des humanités successives dans l’air, sur le ciel, où sans marquer de trace, pourtant, tout ce qui fut demeure...
«Le moindre mouvement importe à toute la nature, la mer change pour une pierre, écrit Pascal.»
La moindre pensée importe à l’univers; la montagne change pour un souffle d’homme... aussi...
L’Auvergne ne présente pas que le chaos roide de ses roches, la fougue éteinte ou gelée de ses perspectives, les tempêtes immobiles du néant; un frisson court au dos des pierres; des formes palpitent dans le contour du vent; des voix frémissent dans les pinèdes et les châtaigneraies; aux scories et aux pouzzolanes inertes du volcan, c’est comme s’il s’était mêlé une vivante poussière d’âme...