Des religieux du monastère de Saint-Austremoine, un cellerier, un chantre se convertissent à la Réforme, et tous les autres, peu à peu, suivront leur exemple. Les persécutions ne font qu’exalter les néophytes; un ministre protestant est pendu, un autre le remplace tout de suite. Yssoire, «boulevard de la Foy nouvelle», passe des catholiques aux religionnaires, est prise et reprise, défendue par les hardis huguenots, le marquis de Chavagnac, le fameux capitaine Merle, ce fils de tisserand qui fut aux guerres de religion ce qu’avait été Aimerigot-Marchés à la guerre de Cent Ans—de tous les assauts, de tous les sacs, de tous les pillages, de toutes les rapines, de tous les incendies. «Le capitaine Merle avait une taille moyenne, un corps épais et renforcé. Sa barbe et ses cheveux étaient blonds. Semblables à deux dents de sanglier, il portait de grandes moustaches retroussées en haut. Ses yeux vifs et gris s’enfonçaient dans sa tête; son nez était large et camus; une expression de finesse distinguait ses traits, il boitait d’une jambe, sa force était pourtant prodigieuse... c’est de lui que le duc de Montpensier écrivait: nous aurons Merle, il est un peu délabré d’hommes, mais avec lui j’attaquerais l’enfer, fût-il plein de cinquante mille diables... Les cruautés dont la troupe de Merle se souilla envers les prêtres font dresser les cheveux. Aux uns, on serrait le front avec des cordes mouillées, jusqu’à ce que les yeux sortissent de leurs orbites. Aux autres, on enfonçait dans le fondement une cheville aiguë, on les asseyait sur une table entourée de soldats et de forcenés, et chacun saisissait les patients par un pied en les faisant tourner jusqu’à ce que, couverts de sang, la figure sillonnée d’effroyables convulsions, ils expirassent dans des tortures inouïes.»

A Issoire.

Cela n’allait pas sans représailles.

L’église d’Issoire et le marché aux échalas.

Dans la paix de 1576, Yssoire est laissé en gage aux huguenots, et, tout d’un coup, au mépris des traités, assailli par dix-sept mille hommes sous le duc d’Alençon, envahi alors que l’on parlementait pour se rendre, dévasté, brûlé, toute la population égorgée: «on trouva des femmes qui étaient en travail d’enfant pendant le feu à demi rôties, aussi bien que leurs enfants dans le ventre, on n’entendait que hurlements, chutes de maisons, bourdonnement de feu... les premières femmes entraînées au camp furent ensuite pourchassées dans la campagne toutes nues... On voyait des femmes de toutes conditions traînées au milieu des rues, les cheveux épars, les vêtements en lambeaux, dans la direction du camp qui retentissait d’éclats de rire confondus avec les cris et les inutiles prières des infortunées... Dans les premiers moments, point de prisonniers, du sang... Spoliations, viol, incendie, assassinat, voilà le spectacle que présente Issoire occupé par l’armée royale... ce fut une effroyable et sanglante orgie, dans laquelle toutes les abominations, tous les crimes furent commis par une soldatesque déchaînée, ivre de sang et de vin. Un immense incendie de la ville entière vint combler la mesure, et de ses grandes lueurs livides éclairer cette scène d’horreur sans nom. Pendant cinquante-six heures l’humanité fut jetée aux gémonies.»

L’Allier entre Issoire et Coudes.

De Monsieur, la miséricorde