Quant au climat, il continue de sévir; fréquemment, le thermomètre, «marquant dans la journée 25° centigrades, tombe le soir à 12 ou 15°».
Le Sancy et le confluent de la Dore et de la Dogne.
Pour avoir omis de tenir compte de ces avertissements, je ne suis jamais arrivé au Mont-Dore que lorsque tout le monde en partait. Je m’étais attardé ailleurs, me fiant à la force de l’été, à la vigueur de l’automne en soleil, septembre à peine, par la Limagne toute dorée de fruits, ses vendanges debout, Clermont et Royat tièdes encore, où se prolongeait la villégiature thermale... Et à mesure que la voiture approchait, dans la décrépitude du jour, au crépuscule, au vent aigu soudain qui emplissait la vallée, le pays se flétrissait, livide; ici, c’était la ville d’eaux désertée, revêche, où l’on ferme, en hâte; volets clos aux hôtels, les boutiques aux devantures en désordre, un silence maussade sur la place naguère retentissante de promeneurs, de voitures, d’ânes, de langages mêlés, patois, français, exotiques; vides, les rues tout à l’heure peuplées de foule bariolée; le parc, ses chaises entassées contre son kiosque à musique, sa «restauration» aux tables sens dessus dessous, comme dévasté, saccagé par la bourrasque; plus qu’un groupe, des acteurs, hommes et femmes, d’une tournée, se consolant devant des absinthes de la déconvenue de leur relâche forcée; les programmes des derniers concerts, les affiches des derniers spectacles, pendent, çà et là, détrempés par la pluie, effilochés par l’ouragan; c’est toute la détresse des villes de planches et de papier, grelottantes, éperdues, à la bise qui cingle, lorsque c’en est fini de faire les folles, de chanter et de danser, que la comédie est achevée, que les orchestres ont emballé cuivres et violons, que les pianos les plus obstinés ont dû se taire dans les salles abandonnées: on ferme...
Panorama du cirque des monts Dore.
La rivière, la vallée, les montagnes, les pics mêmes souffrent, lamentables, dans ce brusque désarroi, délaissés, après tout ce gai tapage sur les rives de la Dordogne, sous les ombrages de la Chaneau, sur le flanc du Puy de Cacadogne, ou du Puy Ferrand, ou du Puy de Sancy... La Dordogne, deux ruisseaux, qui se marient presque à leurs sources, voisines, la Dordogne, aux débuts difficiles, comme tant de ses sœurs de la montagne, qui connaîtra la dureté des murailles rocheuses, elle aussi, cascade ici, chute là, torrent impétueux ailleurs, avant de se reposer un peu, après les gorges d’Avèze, à Bort où Marmontel la célébrera...
L’altier Sancy, ce belvédère de la France, avec ses panoramas à l’ouest et au nord jusqu’à la mer, au sud jusqu’aux Pyrénées, à l’est jusqu’aux Alpes, semble ne plus porter qu’avec peine la croix plantée à sa cîme, dans ce ciel qui s’embrume, où la montagne paraît tituber, cotonneuse et lasse; c’est comme si l’on mettait des housses sur la féerie des bois, si l’on enveloppait de gazes la magie des ruisseaux et des cascades, de la montagne de l’Angle à la montagne du Cliergue, qui, de part et d’autre du Sancy, murent la vallée. Le Pic du Capucin, sans doute fatigué d’étonner par sa ressemblance avec un moine en froc, à genoux, priant, a cessé ses imitations pour n’offrir plus qu’une silhouette confuse; les cascades, payantes, du Plat-à-Barbe, de la Vernière, la Grande Cascade, les cascades de Queureilh et du Rossignolet, ne fonctionnent plus qu’à regret; les forêts de hêtres et de sapins, dans leurs clairières-salons, n’espèrent plus de visites que de l’hiver, de la tourmente, de la neige...
Type de la Basse-Auvergne.