Lac des Esclauzes.

Le lac Pavin,—Pavens,—le lac de la terreur, de l’effroi, un lac de la mythologie, de la légende, un lac des enfers, un lac de ténèbres, un lac de néant: une ville se serait engloutie là; il suffirait pour provoquer les plus désastreuses tempêtes d’une pierre jetée; nul esquif ne pourrait s’y aventurer, nul poisson ne vivrait dans ses eaux inclémentes! Aux jours les plus clairs, je n’ai pas vu pointer les clochers de cette Ys arverne; la croûte de pain que j’y jetai n’amena pas d’orages, et ne créa de conflits qu’entre la population aquatique de ce riche vivier où les écrevisses et les truites prospèrent; point n’est besoin, d’ailleurs, de tous ces naïfs moyens de l’imagination locale pour frapper l’esprit; sans tonnerre, sans cité submergée, et, portant un bateau de pêche, il est bien, tout de même, le lac Pavin, le Pavens d’autrefois.

Tout le jour, venant du Mont-Dore, on a parcouru les hautes solitudes des plateaux et des vallées où règne, le front dans la nuée, le géant de nos sommets, le pic de Sancy; on va par l’infini des pacages, sous l’éternel silence tendu du ciel aux crêtes, qui ne se soulève qu’à de rauques appels du batier, à des chansons de pâtre, des meuglements, des sonnailles de troupeaux dans les parcs, autour des sordides burons émergeant de l’immensité des gazons çà et là, un silence qui retombe vite, couvre à nouveau l’espace de son filet aux mailles tout de suite reprises; on va, par une route qui se referme derrière vous, à peine marquée, disparue à la vue dans les remous des herbages; et c’est, à perte des regards, un même déroulement, longtemps, de mer verte, pressée jusqu’aux monts ou jusqu’à l’horizon... Mais voici que l’on approche...

Sur la route d’Espinchal.

Il faut le savoir, car rien ne l’indique que ce ruisseau qui dégouline, d’au-dessus de la route, vers la Couze, en bas, dans un vallonnement...

Quelque source, un abreuvoir, pourrait-on croire, d’où reviennent ces vaches et ces chèvres...

Remontons le cours de ce ruisselet, à travers champs, et c’est, dans les ponces et les lapillis piétinés par le bétail, la déchirure par où se déverse le trop-plein du lac égueulé à ce seul endroit; c’est le lac Pavin...

La raison hésite comme à du surnaturel; et ce n’est que peu à peu que s’apaise l’horreur tragique dont on est enveloppé, lorsque par un lugubre crépuscule on parvient à ce cirque d’eau immobile et dure, d’à peu près neuf cents mètres de long sur huit cents de large, avec des parois qui l’enclosent hermétiquement, sauf par une brèche, et se prolongent à plus de soixante-dix mètres de son niveau, en forêt drue de hêtres, de mélèzes, de sapins, que domine le piton nu du Montchalm...