Aussi, à cette fumée, à cet ébranlement, comme d’une éruption, la rivière s’est-elle esquivée prudemment aux creux du val, où elle se querelle avec mille blocs chus des hauteurs, qui lui encombrent la voie, vers Saint-Jacques-des-Blats, des ennemis pour rire, qu’elle tourne, saute, submerge, légère, agile, maligne, un peu grisée, comme un prisonnier aux primes heures d’air libre, de ciel ouvert, après l’évasion...

Mais voici le point noir, des milliers de points noirs, qui seront des quartiers de montagne cassée, écroulée, jonchant le lit encaissé de la Cère d’un chaos fantastique.

Il semble que la montagne ait voulu se jeter au-devant de la rivière, désespérément, toute, pour s’opposer à ce qu’elle passe.

Après des siècles et des siècles, tous ces blocs, debout, couchés, dans des équilibres extraordinaires sur les flancs de l’abîme, sont en postures de combat, comme une horde épique de titans, aux prodigieuses armures de mousses et de lichens, armés d’arbres entiers, des troncs qui ont germé dans les fentes.

Le puy Lioran.

A travers cet horrible Pas de Compaing, où l’on ne va pas sans angoisse, par la route en corniche parallèle à la Cère et au chemin de fer, qui suit l’autre rive, où l’œil s’affole à ce vertigineux cataclysme, la Cère se glisse, tant bien que mal, s’échappe par gouttes ici, s’élance par flots là... et, en avant... voilà des éternités que cette armée de rocs garde le passage, et que passe la Cère!

Tunnel du Lioran.—Naissance de l’Alagnon.

Où ne passerait-elle pas, elle qui si près de là va passer le Pas de la Cère.