Allons, tant que brûle la flamme capiteuse du souvenir…

Aussi bien, il est temps de me hâter…

Un peu plus, et la place me manquerait, dans ce livre déjà tout rempli !

J’ai fait l’école buissonnière, flânant à toutes les pages, et voici qu’il ne me reste plus qu’un chapitre, où il me faudrait un volume, à consacrer à tant de châteaux dont les vestiges au sommet des rocs attestent le passé formidable de la province, à tant d’églises qui rappellent ses ardentes heures de foi, tant de petites villes toutes glorieuses, chacune avec une bribe d’histoire, un bout de légende !

Mais il faut brûler les étapes, dans une pérégrination rapide, où l’on ne fait que passer, sans le loisir de séjourner. Pourtant, cela n’est pas dépouillé de charme non plus, la course pressée avec les contrastes intenses que produit la succession changeante des paysages, comme les images changeantes d’un kaléidoscope.

Allons !

D’ailleurs, par ces terribles routes témérairement montantes, descendantes et tournantes au flanc des puys et des plombs, les chevaux ne vont pas un train tel que l’on ne puisse contempler assez pour se les rappeler à tout jamais ces pans de murailles audacieusement juchées sur les hauteurs, ces tours fameuses, étronçonnées, chancelantes, toute la ruine tragique du moyen âge… Non, les chevaux ne vont pas d’une telle allure qu’il ne soit possible, au long des chemins, de ramasser quelques notes, de croquer une silhouette de monument, d’inscrire un détail pittoresque, de cueillir quelque fleur aux touffes de l’histoire ou de la légende — comme, au trot de la voiture, on casse la grappe d’acacia, la branchette de sorbier, qui pend des arbres au-dessus de la tête…


Et l’on ne s’en procure pas tout de suite, des chevaux !

Il fallut espérer au lendemain matin, et nous ne pûmes partir de Murat l’après-midi que nous avions projeté.