J’avais achevé de déjeuner et voulais repartir, mais ce ne fut point sans peine, mon voiturier étant entré dans la danse… et n’en finissait point de « virer la dernière » qui était toujours suivie d’une autre…
Je crois même que je ne résistai pas et dus lui faire vis-à-vis.
Cependant, je n’en pouvais plus, j’étouffais réellement dans la vapeur de la salle où sautaient, ébranlant le plancher, et tout suants, nos montagnards ; quatre, entre autres autour desquels on avait formé le cercle, s’étaient déchaussés et, nu-pieds, continuaient de danser, avec des litres en équilibre sur la tête, sans qu’une goutte fût versée, cette bourrée si diverse, si mélangée aujourd’hui, tantôt rappelant la grâce maniérée du menuet, presque une danse guerrière chez les Cantalès de l’Aubrac, ailleurs, presque une danse d’amour voluptueuse de gitanes et exécutée souvent avec une gravité de danse religieuse !
Enfin, nous repartons, laissant à leur joie d’aujourd’hui les « nobios » et toute la société, au milieu desquels un cabrettaïre joue et chante l’inquiétant petit refrain :
Io sabo ina chansou
Plina di minsounso
Et si diso ina berta
Bolé bi que mi pindsou…
« Je sais une chanson — Pleine de mensonge — Et si je dis une vérité — Je veux bien être pendu… »