Ah ! ce crépuscule comme pour moi tout seul ! cette forêt comme à moi seul ! dont le frissonnant silence n’était dérangé que de temps à autre par un bruit de cascades, un cri de bête, un chant d’oiseau, la cognée d’un charbonnier, ou d’un sabotier, dans leurs huttes enfouies au cœur des futaies !… Ah ! ce soleil, qui ruisselait sans fin sur l’espace où montait l’encens de la forêt, j’en ai l’âme dilatée encore et qui se pâme de la plus fervente mélancolie, dès que je lis, dans mes notes, cette journée, indicible, résumée en quelques mots : Murat — Allanche — Bort. — J’ai respiré. — J’ai traversé la forêt d’Algères…

Une journée… j’ai bien vu, comme souvent déjà en voyage, que le chemin est tout, qu’il ne faut pas trop compter sur le but…


Oui, ceux qui tardent à toutes les fleurettes de la route pourraient bien être dans le juste. Qui sait ce qui pousse encore plus loin ! Constatation banale, philosophie de proverbe, sagesse de la prétendue Sagesse des nations ! me siffle-t-on à l’oreille. Vous alliez à Bort ; à moins d’un tremblement de terre, vous n’aviez pas de doutes à nourrir, vous étiez bien assuré, un peu plus tôt ou un peu plus tard, d’entrer à Bort…

J’y arrivai aussi, j’y entrai — parti de Champs, où nous avions couché — aux premières heures du matin.

Mais j’y vins pour rien !

Les orgues basaltiques, les orgues sans pareilles, n’officiaient pas ce jour-là. De lourds nuages les enveloppaient…

— Espérez (me conseillait la marchande qui m’en vendait la photographie, de ces tuyaux comme des boudins gigantesques accolés), le soleil se lèvera peut-être…