J’espérai une heure, deux, trois heures, flânant le long de la Dordogne, vainement, et je dus me remettre en route, sans avoir contemplé les orgues, après une matinée de tête à tête avec la statue d’un enfant du pays, Marmontel, qui se dresse sur une place où le hasard me ramenait toutes les dix minutes…


C’en est fait ; je n’aurai point aperçu les orgues de Bort ; nous montons vers Riom-ès-Montagnes ; parfois, je me retourne, peut-être qu’elles se sont dégagées de la brume ; au contraire, cela s’épaissit de plus en plus, et le soleil ne se lève que bien plus tard, lorsque depuis longtemps nous sommes revenus dans le Cantal, de cette pointe vers le puy de Dôme, dont les orgues qui président à ses portes ne se firent peut-être si hostiles qu’à cause de notre préférence par trop absolue pour les hautes terres cantaliennes !


Après la journée de la veille, sur la montagne ou dans la forêt, le pays nous paraissait gras et riche avec ses champs, ses vergers, sa culture abondante, presque jusqu’à Riom, déjà élevé, ès-Montagnes, comme il est appelé, des montagnes qui prennent ici, à la place de puys et de plombs, les noms de sucs.


Voici une ville, enfin ! par hasard, qui n’a point été ravagée par les huguenots ou les Anglais. On offre ici à l’imagination du voyageur mieux que cela — la grande dévastation — par les Arabes, en 738, après la bataille de Poitiers.

Il y a même un ruisseau qui coule exprès pour consacrer ce souvenir, le ruisseau des Sarrasins, où les envahisseurs furent anéantis.

Mais Riom n’a point, pour exciter la curiosité, que l’eau claire de ce ruisseau, où ne demeure aucune trace du légendaire combat, ou bien les substructions des Rôtisses où l’on découvrit des poteries romaines, Riom peut s’enorgueillir surtout des magnifiques ruines du château d’Apchon, mentionné dans la charte de Clovis, encore assez debout pour dominer la montagne et écraser le paysage autour de sa pierre délabrée…