Là-haut par-dessus la montagne roussâtre, en plein bleu, le grand soleil brutal se pavane comme si c’était fini de toutes les misères des mois noirs.
— Quand il ferait encore froid la nuit, les journées seront bonnes tout de même ; et, s’il revenait de la neige, cela ne tiendrait pas avec ce soleil. Il a de la force, vous savez… Je vais préparer mes cartouches et attacher des hameçons à mes lignes… Il faudra bien descendre à la rivière… Ça me tarde, voyez-vous… depuis le temps… Maintenant je vais me plaire un peu… Allons, au revoir !…
Bouyssou parti, je me répète le proverbe :
C’est à la Saint-Vincent
Que l’hiver perd ou prend ses dents.
L’hiver n’a fait encore que montrer les dents, cette année, mais cela suffit ! L’hiver, ici, c’est la mort. Tandis que la mer, belle de mille fureurs, crache ses hautes vagues aux nuages bas de la mauvaise saison et semble vouloir laver le ciel de tout le noir qui l’obscurcit, la montagne s’immobilise, résignée ; elle sait qu’il n’y a pas à lutter, sans doute ; n’est-ce pas en vain que, dans la nuit des temps, elle mitrailla le ciel du feu de ses rouges cratères ? Elle ne fait que bomber un morne dos, sous sa couverture élimée d’herbe rase ; les roulades du pâtre, les sonnailles des troupeaux se sont tues, les vacheries ont dévalé, c’est le silence, c’est la solitude, c’est la mort, rien que le vol funèbre des corbeaux qui tournoient, comme des couronnes de deuil.
Et cela, depuis des semaines…