Je me souviens, à propos de bâton, d’un trait qui me fut conté — vraiment un beau geste.
Les braves curés d’Anglard et de Salers passaient leurs prêches à tonner en chaire pour obtenir de leurs ouailles le pardon des injures et le respect de la peau du prochain. Les fidèles courbaient la tête sous la semonce dominicale — mais la soirée ne s’achevait pas sans quelque bataille rangée. Les partisans ne semblaient même assister aux offices que pour se rencontrer. Les prétextes de tuerie ? Oh ! il n’était pas besoin qu’il s’en présentât !
— Vive Anglard ! faisait quelqu’un.
— Vive Saint-Bonnet ! ripostait quelque autre à cette provocation jugée injurieuse.
C’est ainsi qu’ils se cherchaient. D’ailleurs, à l’église même, ils avaient façon de se provoquer : c’était de ne pas se donner l’eau bénite, ceux d’Anglard à ceux de Saint-Bonnet, comme il est coutume que l’on tende le doigt mouillé à la personne qui suit…
Un dimanche, le curé s’emporta là-dessus, exigeant que, dorénavant, dans son église, il en fût de la sorte et que le signe de la croix ne vînt plus servir à ces déclarations de guerre.
Le dimanche d’après, un d’Anglard se trouva au bénitier, suivi d’un de Saint-Bonnet…
Que fit celui d’Anglard ?
Quelque chose de bien simple, de grande allure…
C’est son bâton qu’il trempa dans le bénitier, et c’est du bout de son bâton que, dédaigneux et farouche, il passa l’eau bénite à celui de Saint-Bonnet.