— Voyez-vous, six cents francs par an pour un métier pareil, c’est un peu court… Ce n’est pas payé… Il faudrait huit cents francs.

Sublime Jantet !

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Un facteur enseveli sous la neige…

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Le fait-divers brutal est sous mes yeux, mais je ne puis m’imaginer l’hiver, la mort, me figurer qu’il y soit resté, sous l’écir, le brave Jantet…


Ma pensée va à la claire journée de printemps ; les pentes où tintaient des sonnailles de troupeaux…

L’eau chantante aux flancs vernissés des roches, les bois ivres de soleil, de nids et de fleurs, la vallée comme un fleuve calme, avec une flotte de châteaux, de clochers, de villages ! et commandant les crêtes et les versants, en face de nous, le puy Griou, chauve et pointu, avec, sur les pentes, des plaques de neige pas encore fondue, qui évoquent bien la pensée des longs et mauvais hivers. Mais, quand même, non, je ne puis m’imaginer l’écir, la neige furieuse, soulevée, précipitée, tourbillonnant et sifflant comme des balles ! Non, je ne puis me figurer Jantet, mon ami Jantet, se débattant dans la nuit et l’avalanche. Je ne puis croire qu’il y soit resté, lui qui, durant vingt-cinq ans, n’avait pas manqué un jour de « faire la montagne » !

Je le revois, au départ, le matin où je le suivais, chargé de toutes ses commissions : au retour, pas fatigué des kilomètres escaladés et dégringolés, faraud dans sa blouse neuve, frappant la route de son bâton ferré, fleuri comme un nobio, — comme un jeune marié —  ; à sa boutonnière une branche d’églantier cassée dans les bois ; aux lèvres, une petite rose coupée dans l’hort de M. le curé par la servante.