Pourtant, une fois, la Fortune a surgi à mes regards, un bas de laine d’Auvergne se vidant d’une main reconnaissante sous les pas de l’écrivain voué à l’Auvergne.
Une humble, poignante et, pour moi, glorieuse histoire…
En 1913, Madame Naves, se disant ma parente très âgée, malade, née Ajalbert, me suppliait d’aller la voir. En butte à bien des appels de ce genre, je réclamais des précisions.
Je ne me connaissais plus aucune famille, depuis longtemps. Je pouvais traverser le monde, sans un toit, où, par quelque lien de filiation, je fusse tenté de m’asseoir. Or, les renseignements furent topiques, et l’on me fit comprendre qu’il ne s’agissait pas de quémander, mais de me faire une communication personnelle, urgente.
Je me rendis à l’adresse, — une maison cossue…
— Au cinquième, le bâtiment sur la cour, — Je vais vous conduire, vous ne trouveriez pas… Elle est seule, ne pourrait vous ouvrir, m’instruisait le concierge, par l’escalier obscur, grimpant entre de vieux logis lépreux, comme en masquent des façades d’immeubles neufs… Oh, elle pourrait habiter sur le devant… Elle ne veut pas… Il y a vingt-cinq ans qu’elle est là… Elle ne veut pas changer… Toujours seule… Une nièce vient la voir.
Quelques portes donnaient sur le carré sombre… Au coup frappé, répondirent des gémissements, la clef était sur la serrure, je me trouvais, passé l’entrée, où débouchait un coin de cuisine, dans une chambre en désordre, entre une armoire et un secrétaire, devant un lit, où le drap, sans couverture, se bossuait, comme un linceul, d’un maigre cadavre, dont les longs bras se tendaient vers moi, retombaient, avec la tête, un instant soulevée… Un visage de fièvre et de mort, aux yeux fixes, dans les orbites profondes, une peau de vieillarde noirâtre, sèche, creusée, ravinée de rides…
La moribonde put s’accouder, elle parlait :
— Débarrassez-vous, asseyez-vous, tout près, que je vous voie bien…