D’avoir entendu ce récit en sa toute enfance, la Centenaire peut facilement confondre, mêler les choses vues et les choses racontées !
Tout de même, que de choses, que de choses, elle a pu voir qu’elle ne dit pas, qu’elle ne sait plus, qu’elle englobe ainsi !
— Bien de la misère… Bien de la misère…
Elle est née à Marmanhac… Elle a travaillé aux champs…
Et ce sont les grandes dates des existences campagnardes… le mariage… surtout les enfants :
— Huit garçons qui sont allés à la guerre…
C’est vague et tout de même, comme nous les voyons… au temps des longs services de sept ans… Tout le sang de la vieille mère Lascombes, qui a pu couler sur tous les champs de bataille d’Europe et d’Afrique…
— Ils sont morts ?
— Eh ! pas tous… Il y en a deux qui travaillent dans la Champagne… qui sont venus l’année dernière…
Cela nous explique la présence d’une bouteille vide, avec son gros bouchon enflé, posé sur le goulot, pieusement conservée, sur le buffet, en vis-à-vis des objets de piété ou de cire, des chandeliers de verre, des bougies de couleur, alignés sur la planchette de la cheminée.