Vic-sur-Cère est en émoi. Je me renseigne au café Borie, au cercle Rigal, à l’hôtel Vialette. Personne n’en sait davantage : un pâtre qui a tué son vacher ; chacun répète cette phrase et rien de plus.

Heureusement que voici le pharmacien revenant de s’entraîner à bicyclette, comme chaque après-midi, sur la route de Thiézac ; il apporte des nouvelles ; il a vu le docteur, qui doit monter au buron faire l’autopsie, tout à l’heure.

— Nous ne pourrions le suivre… Justement, il sort de chez lui…

Le temps de chausser des souliers ferrés, de prendre un bâton, et en route.

— Une fracture du crâne… Il faudra ouvrir… Je n’ai pas de scie… Attendez-moi… Je vais emprunter celle du boucher…

Le docteur revient, muni d’une scie à main, celle qui mord chaque jour dans les côtes de porc et de mouton, devenue instrument de chirurgie…


L’histoire ? Ce que le docteur en conte est bref : l’homme aurait frappé l’enfant dans une discussion ; celui-ci se serait armé d’une barre de fer, et alors…


Cela s’est accompli dans une cabane perdue, sur l’arête qui sépare la vallée de la Cère de la vallée de Mandailles, au milieu des pacages. Le meurtrier est ce petit pâtre dont chacun a devant la mémoire la conventionnelle silhouette poétique, garçonnet farouche, escorté d’un chien fou, qui hante, du jour à la nuit, la solitude des sommets et dont la chanson trouble seule, avec les clochettes du bétail, l’immense silence de l’étendue ; et la victime est le vacher, le fromager, le maître du masut.