Quel voyageur, à la rencontre d’un de ces burons perdus entre le roc et le ciel, habités du vacher et des pâtres, qui vivent là, quatre mois de l’année, avec les troupeaux, n’a cru que ces hommes devaient mener une vie paisible et bonne, et que l’isolement et le pauvre sort commun rendaient ces êtres plus fraternels, au-dessus des villes et des civilisations !
Hélas ! dans la plaine ou sur les cimes, les choses vont de même ; et le sang est versé à la crête auguste des monts comme dans les rues fiévreuses des capitales.
Il y a en haut et en bas des enfants sournois et des hommes méchants ; et là, comme ici, le fort abuse du faible.
Le vacher est roi dans la montagne ; et ce despote redoutable pèse odieusement sur le pâtre, son esclave et son souffre-douleur.
En effet, la brutalité de ces vachers est fréquente, avec des exigences tyranniques.
J’en ai vu un qui, durant la sieste, se faisait éventer d’une branche de tilleul.
Pour eux, la tome blanche, la crème douce, la bonne soupe, et, pour le pâtre, le lait tourné et les croûtes dures.
Garder dans la montagne est donc la plus affreuse des conditions, et les parents n’y louent guère leurs enfants que dans l’extrême nécessité…