Au-dessous de ces pics glorieux de la Force et de la Pensée s’élancent, en blocs de scories et de lave, en statues informes coulées au feu du volcan, les spectres pétrifiés de la création, les fantômes surgis et demeurés de la nuit des temps… Des lacs immobiles reflètent dans leur coupe de basalte le vol d’un rapace, la colonne svelte d’un pin, la bave d’argent au mufle d’un taureau qui s’abreuve, et tout ce qui se dispute le ciel, d’ombre et de lumière… Aux flancs des monts, sur leurs aires tragiques, se profile le squelette du moyen âge, la carcasse, usée par les siècles et les batailles, des châteaux, des tours, des murs, le cadre déchiqueté des fenêtres dans le vide, par où le vent de toutes saisons chasse, sans trêve, le jour, la nuit, les bourrasques, la neige, les étoiles, le silence, la solitude, tout ce qui passe, tout ce qui ne meurt pas…


Puis, ce sont les hameaux, les villages, les villes, fantasques comme des chèvres, perchés sur des rocs, dégringolés dans les creux, pressés le long de tant de rivières et de ruisseaux, qui dévalent, roulent, cascadent, tout gonflés par l’hiver, taris d’un coup de soleil…


Rude pays, exigeant, où la ténacité seule de l’habitant arrache du sol hostile quelques produits… Mais l’homme s’y trempe, robuste et vaillant… Même, une joie forte monte de ces âpres cultures, de ces logis battus par huit mois de froid, de ces pauvres églises aux clochers en dents de peigne, de ces auberges où la cabrette chevrote ses montagnardes et ses regrets, où la bourrée ébranle le sol, où fume la soupe de lard et de pain sombre ; où le vin rouge, à pleins bords, arrose la fourme blonde, le fromage vaste comme une demi-barrique.

Rude pays, d’où beaucoup doivent émigrer pour des métiers lointains… Mais sans oublier, — tant reste chaud à leur cœur le souvenir de l’horizon nostalgique…


Ma chère Auvergne !