Mais elle se comprend, cette renommée fervente, de celui qui accomplit tant de guérisons quasi miraculeuses, aux yeux des simples, des guérisons immédiates, dans les circonstances qui frappent le mieux les esprits, des entorses et des membres démis, accidents fréquents dans la montagne, des luxations que le rhabilleur réduit avec la plus grande habileté, de l’avis même des docteurs…
De là, à faire de ces empiriques d’universels guérisseurs qui auraient hérité le secret des suprêmes magistères, il n’y a pas loin…
Et voilà nos rhabilleurs, des simples aussi, qui poussent les choses aux extrémités, ne doutent pas d’eux-mêmes.
Ils savent, de tradition, du récit des anciens et de leur observation directe sur les animaux, les vertus, les énergies de certaines plantes ; ils font récolte de ce qui pullule ici, les fleurettes communes qu’on rencontre partout, et les sauvages qui s’isolent sur les puys et les plombs, mauves, bouillons blancs, bourraches étoilées, tilleul, réglisse, camomille, gentiane, lourds pavots, pourpres digitales et violents aconits.
Puis ils connaissent une foule de précieux usages, ces remèdes de bonne femme, qui ont du bon quelquefois — et, d’abord, coûtent si peu : ce qui a son importance dans ces humbles hameaux ! Ils se mettent à piler les herbes, composer des onguents ! Ils ne se contentent plus, par la friction et le massage, de calmer des nerfs froissés, de rarranger un poignet forcé. Ils s’enhardissent, les rapetasseurs, à lutter contre les plus obscurs de nos maux, ils tentent l’impossible !
Quoi d’étonnant, en somme, qu’ils réussissent, avec la foi qu’ils inspirent — lorsque la médecine d’aujourd’hui commence à se servir de suggestion, de foi artificielle, en place de drogues, vaines si souvent !
J’ai voulu voir Pierrounet, après tout ce qu’on m’avait rapporté de lui !
— Vous le trouverez sur la route, m’indique la servante… Il travaille jusqu’à la nuit… Il est cantonnier…
— Cantonnier ?