— Oui.

— Eh bien, et tous ces gens qui viennent le consulter ?

— Oh ! ils savent bien le joindre… Et puis, il n’a pas besoin de tant d’histoires pour petasser une jambe… Il a vite fait de les expédier… Il est toujours prêt… N’importe où, ça lui est égal…

— Et les médecins ne se plaignent pas ? On le garde dans sa place ?

— Les médecins ? trop heureux de l’avoir quelquefois… Au contraire, il est bien regardé… Tous les services qu’il rend !

— Il se fait payer ?

— Non… Mais vous pensez bien que tout le monde lui donne…

Je ne me soucie pas de courir sur la route et d’interroger chaque cantonnier, s’il est Pierrounet.

J’attends le soir, et je monte après dîner à la maison du rhabilleur, occupé à soigner son petit jardin. Il s’intimide un peu devant l’étranger, roule son feutre entre ses doigts, qu’il a d’une délicatesse rare — pour un montagnard et un casseur de cailloux.

Il est vêtu bourgeoisement d’une veste de rase noire ; son visage allongé et doux s’encadre de barbe taillée à la mode du pays ; il garde demi-clos des yeux d’un bleu vague, l’air un peu d’un tranquille bedeau, dont les cinquante ans se sont écoulés à servir le curé et à sonner les cloches. Il marmonne des répons, plus qu’il ne parle.