— Vous soignez beaucoup de monde ?
— Oui… comme ça…
— Vous n’êtes jamais sorti de Nasbinals ?
— Non… non… jamais.
— Il paraît que vous guérissez tous ceux que les médecins renoncent à soigner, et vous n’avez rien appris, vous ?
— Rien, en effet, semble acquiescer Pierrounet du geste, avec des yeux au ciel, comme les dévots qui invoquent à tout propos la Providence, avec une expression de physionomie qui signifie qu’il est comme nous tout étonné de ses prodiges et qu’il ignore comment cela lui est venu…
Nous sommes là depuis quelques minutes à peine, que sa femme hèle Pierrounet… pour un grand gars, à cheval, avec une vieille femme en croupe, qui descendent devant la porte.
— Il y en a beaucoup qui viennent exprès le soir, nous explique la femme en nous reconduisant… Toujours sûrs de le rencontrer, comme ça… Mais ils le font coucher au milieu de la nuit, et, des fois, il n’est pas jour qu’il y en a d’autres devant la porte, pour l’attraper au saut du lit…
Ah ! ces ressouvenirs de la souffrance en quête de la main qui guérit ! Cette auberge de Nasbinals, achalandée par toutes ces misères de vivre qui y défilent, enfants au berceau, mères-grands que la mort guette, malgré toutes les herbes de Pierrounet !
Que de fois, ma pensée retourne à cette route, où travaille le cantonnier Pierrounet, cette route usée rien que par le passage des malheureux que l’espoir guide vers lui !…