Du soleil neuf a fondu les neiges épaisses.

Les torrents se déchaînent et roulent des eaux folles.

Une joie de renaître palpite dans la tiédeur de l’éther. Les troupeaux abandonnent les étables sombres, gravissent les pentes raides, gagnent les libres pacages, là-haut, tout contre le ciel…

Alors, tandis que les chiens, fumants, le poil hérissé comme les clous de leurs colliers, des yeux de feu, aboient le long de la longue caravane, parmi les beuglements des bêtes et le carillon tintant des sonnailles, voici que le vacher taciturne, tout d’un coup, ivre aussi des senteurs ardentes du terroir, laissant déborder l’émoi confus dont sa poitrine est gonflée, se prend à chanter de toute la vigueur de ses poumons, comme un hymne fougueux et naïf à la gloire de la nature :

Lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, léro, lo !


Écoutez :

Un jour d’été, vous avez dépassé les régions de cultures et de bois, escaladé des côtes de bruyères et de genêts, traversé des plateaux arides, où des ruisseaux desséchés se tordent sous la canicule ; rien ne bruit que le fourmillement dru des insectes, comme un crépitement, un grésillement du sol ; rien que, parfois, quelque plainte stridente de rapace qui s’enlève de son aire à votre approche…

Vous marchez, l’âme inquiète, à la fin, angoissée de cette morne solitude, désolée à ce vaste silence de mort et d’éternité, lorsque soudain le fausset d’un pâtre déchire l’étendue… la Grande ! qu’il jette à l’écho fidèle qui la lui retourne… Lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, léro, lo ! Et ces cris, d’un timbre grêle et qui se force, ces glapissements du petit berger, caché derrière quelque pli de terrain, qui emplissent le vide, du roc jusqu’à la nue, annoncent le voisinage du buron, la vie qui s’établit de juin à septembre dans le désert des hauteurs, un peu d’humanité — comme primitive, nomade, biblique, de peuple pasteur, mais de l’humanité ! — qui monte vers les sommets camper aux confins de la terre et du ciel…

Lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, léro, lo !