Écoutez :
Au fur et à mesure de vos courses à travers la contrée, pendant les quelques semaines heureuses où le paysan peut « jeter » les bêtes et travailler aux champs, vous entendrez la Grande, de ci de là, s’élancer des fonds, dévaler des cimes, comme jaillir de l’abîme, ou planer avec les nuages.
Lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, léro, lo !
Écoutez :
C’est la Grande, par éclats lents et graves, rythmée au pas pesant des bœufs à la charrue, cassée soudain à quelque écueil où bronchent les bêtes, reprise, interrompue encore à quelque nouveau choc du soc contre un caillou, dans ce pénible terrain de misère, où foisonne l’arrête-bœuf, recommencée pour s’arrêter à chaque heurt, et l’obstacle franchi, repartir, opiniâtre, jusqu’à la fin de la journée de labour !
Lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, lo, léro, lo !
Écoutez :
Le semeur, d’un geste immense, droit devant soi, éparpille à la volée la bonne semence qui retombe en pluie dans la glèbe hasardeuse — stérile ou féconde ? La terre rendra-t-elle à l’homme le grain qu’il lui confie, la moisson espérée germera-t-elle, froments d’or pâle, sarrasins en perles blanches sur leurs tiges de rouge corail, seigles de claire émeraude ? Le vent, l’eau, la grêle ont si vite fait de verser, de pourrir, de hacher les récoltes !